Mali et Côte d’Ivoire : le tournant sécuritaire pour briser la spirale terroriste

Mali et Côte d’Ivoire : le tournant sécuritaire pour briser la spirale terroriste
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La venue du chef du renseignement ivoirien à Bamako marque un changement stratégique décisif dans la lutte contre le terrorisme pour le Mali. Cette entrevue, programmée pour octobre 2026, n’est pas une simple formalité diplomatique : elle incarne une volonté affichée de puiser dans l’expertise ivoirienne pour inverser une tendance sécuritaire préoccupante au Sahel.

Une rencontre historique pour repenser la lutte antiterroriste

Modibo Koné, directeur de l’ANSE (Agence nationale de la sécurité d’État), a convié son homologue Vassiriki Traoré pour échanger sur des solutions concrètes et éprouvées. Cette rencontre intervient dans un contexte où l’insécurité, marquée par la multiplication des attaques terroristes, pousse Bamako à explorer de nouvelles pistes. L’objectif ? S’inspirer des dispositifs ivoiriens, reconnus pour leur efficacité dans la prévention et la gestion des crises.

L’expertise ivoirienne : un modèle à étudier de près

La Côte d’Ivoire a su développer des méthodes innovantes en matière de lutte antiterroriste, notamment grâce à :

  • La création de l’Académie internationale de lutte contre le terrorisme (AILCT) de Jacqueville, lancée en 2021, qui forme les forces de sécurité aux niveaux tactique, opérationnel et stratégique ;
  • Une coordination renforcée entre les services de renseignement, la police et l’armée ;
  • Des protocoles de prévention et de préparation aux attaques, adaptés aux réalités du terrain.

Ces outils pourraient s’avérer cruciaux pour le Mali, dont les forces font face à des défis similaires. L’adaptation des bonnes pratiques ivoiriennes pourrait ainsi renforcer les capacités maliennes sans remettre en cause leur souveraineté.

Du dialogue à l’action : les défis à relever

Si l’échange entre Bamako et Abidjan ouvre des perspectives, le vrai test réside dans la traduction des discussions en résultats tangibles. Trois axes majeurs devront être prioritaires :

1. Renforcer la formation des unités antiterroristes

Les forces maliennes pourraient bénéficier de programmes de formation similaires à ceux dispensés à l’AILCT, axés sur le renseignement stratégique, les techniques de neutralisation des cellules dormantes et la protection des civils.

2. Optimiser le partage d’informations entre services

Une meilleure coordination entre les différents acteurs (ANSE, armée, police, justice) est indispensable. Les leçons ivoiriennes en matière de synergie inter-services pourraient inspirer des réformes internes au Mali.

3. Anticiper les menaces pour éviter les réactions tardives

La prévention, clé de voûte de la stratégie ivoirienne, doit devenir une priorité. Cela implique de renforcer les dispositifs de renseignement et d’adapter les plans d’urgence pour limiter l’impact des attaques.

Coopération ou souveraineté ? Le paradoxe malien

Certains observateurs s’interrogent : en s’inspirant du modèle ivoirien, le Mali ne risque-t-il pas de perdre son autonomie décisionnelle ? La réponse est non, à condition de considérer cette coopération comme un levier d’amélioration, et non comme une soumission à des standards extérieurs. La menace terroriste, transfrontalière par nature, impose une réponse régionale où chaque État apporte son expérience.

L’enjeu pour Bamako réside donc dans sa capacité à sélectionner, adapter et intégrer les méthodes ivoiriennes aux réalités locales. Cette rencontre pourrait bien être le déclic nécessaire pour inverser la tendance sécuritaire au Sahel.

Conclusion : vers une lutte antiterroriste enfin efficace ?

Cette visite de Vassiriki Traoré n’est pas un simple rendez-vous diplomatique. Elle représente une opportunité unique pour le Mali de réinventer sa stratégie sécuritaire en s’appuyant sur des compétences éprouvées. Le défi ? Passer des échanges de bonnes intentions à des actions concrètes qui protègent les populations et restaurent la stabilité.

Si cette coopération se concrétise, elle pourrait servir d’exemple pour les autres pays de la région, prouvant que la lutte contre le terrorisme est une bataille remportable, à condition d’innover et de collaborer.

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André Biyong

Journaliste