Mali : à sévaré, la junte militaire face au test réel de son modèle sécuritaire

Mali : à sévaré, la junte militaire face au test réel de son modèle sécuritaire
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L’attaque dévastatrice menée par le JNIM contre la base aérienne de Sévaré et la caserne de Konna a révélé avec brutalité l’ampleur des failles du nouveau dispositif sécuritaire malien. Revendiquée par le groupe affilié à Al-Qaïda, cette frappe a mis en lumière les limites des investissements militaires massifs, de l’acquisition de drones turcs et de la présence des combattants russes de l’Africa Corps. Résultat : des équipements réduits en cendres, des pertes humaines parmi les forces locales et étrangères, et une population civile toujours plus exposée aux violences.

Le paradoxe d’un dispositif militaire présenté comme une solution

Depuis les deux coups d’État de 2020 et 2021, les autorités maliennes ont rompu avec leurs anciens partenaires occidentaux pour se tourner vers la Russie. Ce choix, présenté comme un acte de souveraineté, visait à renforcer l’armée malienne sans aucune dépendance extérieure. Pourtant, malgré l’acquisition de drones Bayraktar, d’hélicoptères et le déploiement de l’Africa Corps, les groupes jihadistes conservent une redoutable capacité à frapper au cœur même des bastions militaires. La réalité sur le terrain contredit ainsi le discours officiel.

Une technologie avancée, mais des résultats défaillants

Les drones, souvent mis en avant comme l’emblème du nouveau modèle sécuritaire, n’ont pas suffi à protéger les installations de Sévaré. Leur concentration sur des bases fixes les rend vulnérables aux attaques surprises. De même, la présence russe n’a pas empêché les jihadistes du JNIM de détruire des équipements coûteux et d’infliger des pertes humaines. L’écart entre la puissance militaire affichée et l’efficacité réelle du dispositif est désormais impossible à ignorer.

L’asymétrie du conflit : quand la supériorité technologique se heurte à la réalité du terrain

Les groupes armés, enracinés dans les régions du centre et du nord du Mali, maîtrisent parfaitement leur environnement. Ils utilisent des tactiques de guérilla et frappent là où les forces régulières ont le plus de mal à intervenir : villages, axes routiers et points stratégiques isolés. Malgré la présence de l’Africa Corps, les combattants du JNIM continuent d’imposer leur rythme, démontrant que la guerre asymétrique ne peut être contrée par la seule supériorité technologique.

Les coûts humains et économiques d’une sécurité inefficace

Pour les Maliens, le discours politique sur le choix des alliances compte moins que la sécurité au quotidien. Les attaques récurrentes sur les axes de communication et les installations militaires paralysent les échanges commerciaux, perturbent l’agriculture et aggravent l’insécurité alimentaire. À chaque frappe comme celle de Sévaré, ce sont des vies, des emplois et des infrastructures vitales qui sont sacrifiés. Bamako a beau mettre en avant son nouvel arsenal, la population paie le prix fort d’un dispositif qui ne parvient pas à tenir ses promesses.

Vers une remise en question du modèle de la junte ?

Pour la junte au pouvoir, l’enjeu dépasse le simple cadre militaire. Elle a fait de la souveraineté nationale et de la lutte contre le terrorisme les piliers de sa légitimité. Pourtant, chaque attaque contre une base stratégique comme Sévaré ébranle un peu plus cette crédibilité. Les autorités se retrouvent face à une équation impossible : comment justifier le retrait des forces françaises et le partenariat avec la Russie alors que les groupes armés gagnent du terrain ? La junte est désormais jugée sur ses résultats concrets, pas sur ses déclarations.

Au-delà des bases militaires : les populations en première ligne

Les débats sur les drones, Wagner ou l’Africa Corps restent abstraits pour les civils maliens. Leur priorité absolue est de circuler sans craindre les attaques, d’acheter des denrées sur les marchés locaux et de garder leurs enfants en sécurité. Une politique sécuritaire ne vaut que si elle protège efficacement les populations et rétablit l’autorité de l’État partout sur le territoire. Pour l’instant, ni les drones ni les alliés étrangers ne sont parvenus à remplir cette mission.

Sévaré, symbole d’un échec stratégique

L’attaque de Sévaré marque un tournant dans l’évaluation du modèle sécuritaire malien. Malgré des moyens militaires colossaux, Bamako peine à sécuriser ses propres infrastructures et à protéger ses citoyens. Le JNIM, lui, prouve à chaque assaut qu’il conserve l’initiative. Pour la junte, le défi est désormais clair : transformer sa puissance militaire en une sécurité durable, ou risquer de voir son pari sécuritaire s’effondrer sous le poids de ses contradictions.

Dans un contexte où chaque jour de violence aggrave la crise, Sévaré rappelle une évidence : la vraie guerre ne se gagne pas seulement avec des armes, mais avec une présence effective de l’État et une stratégie adaptée au terrain.

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Suzanne Ntouba

Journaliste