L’or noir des mines camerounaises : quand l’État perd des milliards
Des filons d’or camerounais qui échappent à l’État
Entre l’Est et l’Adamaoua, l’extraction illégale de l’or bat son plein. Des centaines de sites miniers illégaux prospèrent, échappant au contrôle des autorités. Chaque année, des centaines de millions de dollars issus de ce précieux métal transitent vers des destinations étrangères, notamment Dubaï, via des circuits opaques. Cette trajectoire criminelle ne pourrait exister sans des complicités locales et une corruption endémique.
Une manne financière sous haute tension
Les régions de l’Est et de l’Adamaoua regorgent de gisements aurifères encore peu exploités par les grandes compagnies minières. Pourtant, ce sont les petits mineurs artisanaux qui dominent le secteur, souvent en marge de la loi. Sans encadrement ni régulation, ces activités génèrent des revenus colossaux, mais peu ou pas de retombées fiscales pour l’État camerounais.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon les estimations, plus de 80 % de l’or produit au Cameroun provient de l’exploitation artisanale. Une manne qui, si elle était correctement taxée, pourrait renforcer les finances publiques et financer des projets sociaux. Malheureusement, une grande partie de cette richesse transite vers l’étranger, alimentant des réseaux parallèles.
Les routes secrètes de l’or camerounais
Les filières d’exportation illégale sont bien rodées. Une fois extrait, l’or est souvent transféré vers des villes frontalières comme Ngaoundéré ou Bertoua, avant d’être acheminé vers des hubs internationaux. Dubaï, en raison de sa position centrale dans les échanges mondiaux, est la destination privilégiée pour blanchir ces métaux précieux.
Les méthodes utilisées pour contourner les contrôles sont variées : faux documents, sous-évaluation des quantités, ou encore transport par des voies détournées. Les intermédiaires locaux jouent un rôle clé dans cette économie souterraine, souvent protégés par des protections politiques ou administratives.
Un système gangrené par la corruption
La corruption est le nerf de cette activité illégale. Elle permet aux réseaux criminels de prospérer en achetant des complicités à tous les niveaux : des agents des douanes aux responsables politiques locaux. Sans une volonté politique forte pour démanteler ces circuits, il est quasi impossible d’enrayer le phénomène.
Les autorités camerounaises ont bien tenté de mettre en place des mesures pour réguler le secteur, comme la création d’une cellule spéciale dédiée à la lutte contre l’orpaillage illégal. Cependant, les résultats restent mitigés, faute de moyens suffisants et de coopération entre les différents acteurs.
Les conséquences économiques et sociales
Cette économie souterraine prive l’État de ressources essentielles. Les milliards qui échappent au fisc pourraient financer des infrastructures, l’éducation ou la santé. Pourtant, les communautés locales ne bénéficient que très peu de ces richesses, souvent exploitées par des acteurs extérieurs au Cameroun.
De plus, l’activité minière artisanale engendre des problèmes environnementaux majeurs : déforestation, pollution des sols et des rivières, sans parler des conditions de travail dangereuses pour les mineurs. Un coût supplémentaire pour un pays déjà fragilisé par d’autres défis économiques.
Quelles solutions pour l’État camerounais ?
Pour reprendre le contrôle de cette manne perdue, plusieurs pistes s’offrent aux autorités. La première consiste à renforcer les contrôles sur les sites miniers et les points de transit. Cela passe par des inspections surprises et une collaboration accrue avec les pays voisins, comme le Tchad ou la République centrafricaine, où transitent aussi des cargaisons d’or illégal.
Une autre solution serait de professionnaliser le secteur en encourageant les mineurs artisanaux à s’organiser en coopératives. Cela permettrait de mieux tracer la production et de faciliter la collecte des taxes. Enfin, la transparence dans les transactions et les exportations est indispensable pour couper court aux circuits frauduleux.
Le Cameroun dispose d’un potentiel aurifère immense, mais sans une volonté politique affirmée et des mesures concrètes, cette richesse continuera de s’échapper, alimentant des réseaux criminels plutôt que le développement national.
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