Les assauts coordonnés menés par le JNIM et le FLA le 25 avril 2026 marquent un basculement stratégique majeur pour le Mali. En frappant de manière simultanée des villes clés comme Bamako, Kati, Kidal, Gao et Sévaré, les groupes armés ont exposé l’essoufflement d’un système de défense s’appuyant sur des partenaires extérieurs. La perte de Kidal ébranle particulièrement le discours de souveraineté de la junte et révèle les failles du soutien russe face à l’insurrection. Si une chute militaire de la capitale semble peu probable dans l’immédiat, le JNIM s’engage dans une stratégie d’usure dont les répercussions menacent désormais l’ensemble du Sahel et les pays du golfe de Guinée.

Bamako sous pression : une stratégie d’asphyxie économique
L’opération conjointe du 25 avril 2026 représente une escalade sans précédent. Ces attaques, d’une rare coordination, s’inscrivent dans une spirale de violence qui s’est intensifiée depuis 2020. Autrefois cantonné aux zones rurales septentrionales, le JNIM a étendu son rayon d’action vers le sud et l’ouest du Mali, touchant des régions autrefois stables et exportant son influence vers le Togo, le Bénin et le Nigeria.
Depuis la fin de l’année 2025, le groupe djihadiste applique une tactique d’étranglement contre Bamako. En ciblant les axes de ravitaillement et les convois énergétiques, il cherche à dégrader le quotidien des 3,2 millions d’habitants de la capitale pour miner la confiance envers les autorités. Cette guerre psychologique vise à présenter le JNIM comme une alternative de gouvernance capable d’instaurer ses propres structures administratives et judiciaires là où l’État fait défaut.
Malgré cette pression, une prise de contrôle totale de la capitale par les 5 000 à 6 000 combattants du groupe reste hypothétique, la ville concentrant l’essentiel du dispositif sécuritaire. Cependant, la multiplication des assauts contre des points névralgiques, tels que l’aéroport Modibo Keita, oblige les Forces armées maliennes (FAMA) à se replier sur les centres urbains, délaissant ainsi les campagnes.
La chute de Kidal et l’échec du modèle sécuritaire russe
Le revers subi à Kidal est symboliquement dévastateur. Cette cité, reprise en 2023 par les FAMA avec l’appui de Wagner, est de nouveau sous le contrôle du JNIM et du FLA. Ce retrait forcé des éléments d’Africa Corps fragilise le récit officiel d’une souveraineté retrouvée grâce à l’alliance avec Moscou. La mort du ministre de la Défense, Sadio Camara, lors des affrontements à Kati, souligne la vulnérabilité du sommet de l’État.
Cette situation a favorisé un rapprochement tactique entre les rebelles touaregs du FLA, aux aspirations autonomistes, et les djihadistes du JNIM. Bien que leurs visions idéologiques divergent, l’existence d’ennemis communs — la junte et ses alliés russes — a scellé une alliance de circonstance. Ce bloc a ignoré les tentatives de trêve pour lancer un « siège total » sur Bamako, exigeant le départ définitif des forces russes du territoire malien.
Des appuis internationaux en pleine mutation
Malgré ces échecs, un retrait de la Russie ne semble pas envisagé. Moscou a réitéré son engagement envers Assimi Goïta, cherchant à protéger sa vitrine sécuritaire en Afrique. Parallèlement, la Turquie renforce son rôle via la société SADAT et la fourniture de drones Bayraktar, participant activement à la protection rapprochée du régime.
Au niveau régional, l’Alliance des États du Sahel (AES) est restée prudente. Bien que la charte du Liptako-Gourma prévoie une assistance mutuelle, le Niger et le Burkina Faso, eux-mêmes aux prises avec l’insécurité, n’ont pas déployé de troupes pour soutenir Bamako.
De son côté, l’Algérie tente de regagner son influence de médiateur historique. La déstabilisation du pouvoir malien offre à Alger une opportunité de se repositionner, notamment grâce à ses liens avec le FLA, tout en gardant un œil sur les initiatives concurrentes du Maroc. En même temps, les États-Unis observent la situation de près, cherchant à maintenir un dialogue avec les autorités maliennes pour limiter l’expansion russe dans la région.
Risques de déstabilisation régionale
La nouvelle phase du conflit fait craindre une contagion. Si le FLA reste focalisé sur l’Azawad, le JNIM possède une ambition transnationale. Un effondrement du pouvoir à Bamako créerait un vide sécuritaire immédiat pour le Burkina Faso et le Niger. Des pays voisins comme le Sénégal et la Mauritanie, bien que plus stables, voient déjà leurs axes commerciaux menacés dans la région de Kayes.
Enfin, la menace pourrait aussi venir de l’intérieur. Le durcissement de la répression par la junte pourrait pousser certains opposants à envisager un renversement interne, offrant ainsi une nouvelle brèche aux groupes armés pour consolider leurs positions sur le territoire malien.
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