Une stratégie militaire aux conséquences lourdes
Depuis l’arrivée des mercenaires russes sur le sol malien en 2021, la junte militaire a concentré ses efforts sur la répression des rebelles touaregs dans le Nord. Cependant, cette focalisation géographique a laissé le champ libre au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) ainsi qu’à l’État islamique dans le Grand Sahara. Ces organisations terroristes ont profité de ce vide pour étendre leur influence et asphyxier l’économie nationale par des blocus stratégiques.
L’alliance entre l’armée nationale et l’Africa Corps russe se caractérise par une brutalité extrême. Des milliers de civils, souvent ciblés sur de simples critères ethniques, ont perdu la vie. Ces exécutions sommaires et ces massacres de masse sont devenus, paradoxalement, le meilleur outil de recrutement pour les groupes extrémistes, renforçant leurs rangs face à un sentiment d’injustice croissant.
Le basculement stratégique et l’échec de Kidal
En rompant les Accords d’Alger en janvier 2024, les autorités de transition ont relancé les hostilités contre le Front de libération de l’Azawad (FLA). Si la reprise de Kidal en novembre 2023, avec le soutien des hommes de Wagner, a été célébrée comme une victoire, elle a masqué une réalité plus sombre : pendant ce temps, le GSIM encerclait Bamako et paralysait les axes commerciaux vitaux en provenance du Sénégal et de la Côte d’Ivoire.
Le départ des forces françaises et l’expulsion de la MINUSMA fin 2023 ont laissé place à des campagnes militaires violentes. Le massacre de Moura, au centre du pays, reste l’épisode le plus tragique, où des centaines de membres de la communauté peule ont été exécutés par les mercenaires. Ces exactions ont définitivement aliéné une partie de la population civile.
Un partenariat coûteux pour une survie précaire
Le revers majeur subi à Tin Zaouatine en juillet 2024 a marqué la fin de l’ère Wagner, remplacée par l’Africa Corps. Lors de cette embuscade tendue par les Touaregs, des dizaines de soldats et de mercenaires ont été tués, brisant le mythe de leur invincibilité. Aujourd’hui, bien que le Mali verse environ 10 millions de dollars par mois à ces forces privées, leur efficacité sur le terrain diminue.
Les mercenaires privilégient désormais la protection de leurs bases et l’usage de drones, se montrant de moins en moins enclins à mener des patrouilles risquées. Leur mission principale semble avoir glissé de la sécurisation du territoire vers la protection rapprochée de la junte. Bloqués dans une impasse diplomatique et militaire, les dirigeants actuels voient en l’Africa Corps leur ultime assurance vie, malgré l’expansion continue du contrôle terroriste aux abords de la capitale.
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