25 août 2026

Burkina Voix

Média burkinabè indépendant qui donne la parole aux citoyens : actualités politiques, sécuritaires et économiques du Faso.

L’État camerounais en pourparlers pour acquérir les parts de Globeleq dans des centrales électriques stratégiques

L’État camerounais intensifie ses démarches pour reprendre les participations du groupe britannique Globeleq, s’élevant à 56%, au sein de deux entités majeures de production d’électricité. La capitale, Yaoundé, est actuellement en discussion avec l’investisseur londonien concernant l’acquisition de ses actions dans la Kribi Power Development Company (KPDC) et la Dibamba Power Development Company (DPDC). Une valorisation indicative de l’opération se situerait aux alentours de 80 milliards de FCFA, soit environ 138 millions de dollars. Bien qu’aucune proposition formelle n’ait encore été soumise, les échanges semblent suffisamment avancés pour envisager une finalisation de cette transaction stratégique avant la fin de l’année 2026.

Des installations vitales pour le mix énergétique du Cameroun

Les infrastructures énergétiques concernées par ce rachat sont d’une importance capitale. La centrale à gaz de Kribi, opérationnelle depuis 2013 dans la région du Sud, dispose d’une capacité installée de 216 mégawatts. Elle constitue un pilier essentiel du réseau interconnecté Sud, la principale zone de consommation du pays. Quant à la centrale de Dibamba, une unité thermique fonctionnant au fioul lourd près de Douala, elle génère 88 mégawatts et joue un rôle crucial d’appoint, notamment lors des pics de demande ou en cas de défaillances des installations hydroélectriques. Collectivement, ces centrales représentent une part significative des capacités thermiques nationales, complétant un système où l’hydroélectricité domine mais reste sujette aux variations climatiques.

L’achèvement progressif du barrage de Nachtigal, dont la pleine mise en service est imminente, redéfinit le paysage énergétique du Cameroun. Les autorités cherchent à optimiser l’intégration des capacités thermiques existantes dans ce nouveau contexte, où le gaz de Kribi conserverait son rôle de production de base, tandis que Dibamba se positionnerait davantage comme une ressource de secours. Reprendre le contrôle actionnarial de ces outils permettrait à l’État camerounais d’exercer une influence directe sur les décisions relatives à l’exploitation, à la maintenance et à la tarification de l’électricité.

Une opération aux enjeux stratégiques majeurs

Globeleq, sous le contrôle du fonds britannique CDC Group et du norvégien Norfund, a établi sa présence au Cameroun en 2014 en acquérant les parts précédemment détenues par AES. Ce désengagement envisagé s’inscrit dans une tendance plus large de reconfiguration des portefeuilles africains des producteurs indépendants d’électricité. Ces derniers font face à des cadres réglementaires en mutation et à la volonté croissante des États du continent de reprendre la maîtrise de leurs actifs stratégiques. Le Cameroun ne déroge pas à cette dynamique, même si le secteur électrique national est confronté à des défis structurels persistants, notamment la fragilité financière de la Sonatrel et les arriérés de paiement envers les producteurs indépendants.

Le prix indicatif de 80 milliards de FCFA soulève des questions importantes quant au bouclage financier de l’opération. Les marges budgétaires de l’État camerounais sont déjà contraintes par le service de la dette publique et les engagements pris auprès du Fonds Monétaire International dans le cadre de son programme actuel. Plusieurs options de financement sont envisagées, incluant un montage avec des bailleurs multilatéraux, une émission obligataire dédiée sur le marché régional de la BEAC, ou l’intégration d’un partenaire technique de substitution. La structure juridique adoptée influencera également la trajectoire tarifaire, dans un pays où les prix de l’électricité sont administrés et où toute augmentation peut engendrer des tensions sociales.

Un signal pour les producteurs indépendants en Afrique centrale

Au-delà du cas spécifique du Cameroun, cette opération sera attentivement observée par l’ensemble des investisseurs privés opérant sur les projets de production indépendante d’électricité (IPP) en Afrique subsaharienne. La capacité de Yaoundé à mener à bien une transaction ordonnée, à valoriser équitablement les actifs et à garantir la continuité opérationnelle enverra un message rassurant aux fonds et développeurs impliqués dans des projets similaires au Gabon, au Congo ou en Côte d’Ivoire. À l’inverse, un accord mal négocié ou un retrait désorganisé pourrait nuire à l’attractivité du pays pour les futurs financements privés du secteur, à un moment où les besoins en investissements dans la production, le transport et la distribution d’énergie restent considérables.

Le calendrier serré évoqué par les sources proches du dossier suggère que les points sensibles, notamment la valorisation définitive des actifs et le devenir des contrats d’achat d’électricité en vigueur, devront être résolus dans les prochains mois. Les discussions se poursuivent activement en vue d’une finalisation prévue avant la fin de l’année 2026.