26 mai 2026

Burkina Voix

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Le Niger renforce sa politique de contrôle médiatique en suspendant des chaînes étrangères

Le général Abdourahamane Tiani, chef de la junte au Niger, le 6 août 2025. © CNSP

Le régime militaire du Niger a officiellement annoncé, le vendredi 8 mai, la suspension de plusieurs médias internationaux, évoquant des risques pour « l’ordre public ». Cette décision intervient quelques jours avant la tenue du forum Africa Forward, un sommet majeur réunissant la France et des pays africains.

L’Observatoire national de la communication (ONC) a rendu publique, via la télévision d’État, la liste des organes de presse concernés. Sont visés pour « diffusion récurrente de contenus susceptibles de mettre gravement en péril l’ordre public, l’unité nationale, la cohésion sociale et la stabilité des institutions de la République » : France 24, Radio France internationale (RFI), France Afrique Média, LSI Africa, l’Agence France-Presse (AFP), TV5 Monde, TF1 Info, Jeune Afrique et Mediapart.

Cette mesure prend un caractère « immédiat » et s’applique à l’ensemble des vecteurs de diffusion, qu’il s’agisse des bouquets satellitaires, des réseaux câblés, des plateformes numériques, des sites internet ou des applications mobiles. En réaction, Reporters sans frontières (RSF), une ONG de défense de la liberté de la presse, a vivement critiqué cette décision dès le samedi, appelant à sa « levée immédiate ».

Depuis le coup d’État de juillet 2023, qui a vu l’arrivée de la junte au pouvoir, plusieurs médias occidentaux ont déjà été suspendus. RFI et France 24 avaient notamment été visées peu après le putsch, et la BBC, la radio britannique, avait également été suspendue en décembre 2024. Le régime de Niamey a clairement initié une rupture avec la France, ancienne puissance coloniale, en obtenant notamment le retrait de ses troupes engagées dans la lutte antijihadiste. Le gouvernement actuel s’est depuis rapproché d’autres partenaires, dont la Russie, et met régulièrement en avant sa « souveraineté », dénonçant ce qu’il qualifie d’« impérialisme ».

Un climat de tension médiatique en Afrique de l’Ouest

Cette action de la junte nigérienne s’inscrit dans un contexte régional marqué. Le mardi 5 mai, le Burkina Faso, partenaire du Niger et du Mali au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), a également interdit la diffusion de la chaîne TV5 Monde, après avoir déjà suspendu d’autres médias occidentaux. La junte de Bamako, confrontée à une situation sécuritaire précaire face aux attaques jihadistes et aux rébellions touarègues, avait elle aussi restreint la diffusion de médias français. L’actualité Burkina Faso et la politique Burkina Faso sont donc en phase avec celles du Niger sur ce point.

La décision du Niger précède de quelques jours le sommet Africa Forward, prévu à Nairobi, au Kenya, qui rassemblera la France et des pays africains. Il est important de noter que le Niger, le Mali et le Burkina Faso ont collectivement décidé de ne pas participer à cet événement, marquant une divergence diplomatique claire.

Les journalistes locaux ne sont pas épargnés par cette répression croissante. Récemment, deux journalistes nigériens, Gazali Abdou, correspondant pour la Deutsche Welle, et Hassane Zada, directeur d’un journal régional, ont été remis en liberté après avoir passé plusieurs mois en détention. L’ONU avait précédemment demandé la libération des 13 journalistes arrêtés en 2025. Selon des organisations de presse locales, six journalistes sont toujours incarcérés au Niger, accusés notamment d’« atteinte à la défense nationale » et de « complot contre l’autorité de l’État ».

En 2026, le Niger a dégringolé de 37 places dans le classement de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF), se classant 120e sur 180 pays. RSF, de même qu’Amnesty International, ont maintes fois exprimé leur inquiétude face à un « recul » manifeste de la liberté de la presse dans le pays.

En 2024, le Niger a également durci une loi réprimant la diffusion numérique de « données de nature à troubler l’ordre public ». Par ailleurs, en 2025, près de 3 000 ONG, tant locales qu’étrangères, ont été suspendues, accusées de manque de transparence et de soutien présumé à des « terroristes », des groupes armés qui continuent de déstabiliser plusieurs régions du pays. Cette actualité Ouagadougou et de la sous-région met en lumière les défis persistants en matière de droits fondamentaux et de sécurité Burkina et nigérienne.