20 mai 2026

Burkina Voix

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Le Mali face à l’énigme du JNIM : un dilemme entre junte et charia

Crédit Photo : DT

Dans un contexte de désarroi profond et d’entêtement du pouvoir militaire, l’émergence des promesses de charia par des groupes djihadistes conquérants confronte les Maliens à un choix cornélien. Le pays s’enfonce dans une impasse politique sans précédent.

Trois jours après les attaques coordonnées du 25 avril dernier, impliquant le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, également connu sous le nom de JNIM et affilié à Al-Qaida) et le Front de libération de l’Azawad (FLA, une rébellion indépendantiste), le chef de la junte malienne, le général Assimi Goïta, a refait surface. Étonnamment, aucune explication n’a été fournie à la population concernant sa brève absence. Lors de son allocution du 29 avril, le général Goïta a fermement déclaré que « la situation est maîtrisée », malgré la reprise de Kidal par le FLA et l’instauration d’un blocus de Bamako par le JNIM. Le discours du dirigeant s’est limité à des affirmations incantatoires, assurant que son gouvernement disposait des capacités militaires pour vaincre prochainement les groupes armés non étatiques. Pourtant, six ans après son coup d’État, le régime se retrouve dans une posture défensive face à ces entités hostiles qui dictent désormais le calendrier de l’armée nationale et du pays tout entier. Alors que l’équilibre des forces militaires semble basculer en faveur de ces groupes, de nombreux Maliens envisagent désormais la conquête inéluctable du pouvoir par le JNIM et ses alliés, une perspective des plus sombres pour la sécurité au Mali.

Entre junte et charia : le dilemme malien

Cette hypothèse gagne en pertinence à mesure que le JNIM affirme son intention de porter un coup décisif au règne du Comité national pour le salut du peuple (CNSP), la junte au pouvoir. Un communiqué du JNIM a d’ailleurs confirmé que l’une de ses « priorités essentielles » une fois à la tête de l’État serait l’établissement de la charia. Dans les régions du pays déjà sous contrôle djihadiste, les populations sont d’ores et déjà soumises aux règles strictes de la loi islamique.

Certains opposants au régime militaire ont, ces dernières semaines, tenté de se convaincre qu’une alliance de circonstance avec le JNIM pourrait modérer l’agenda de la charia. Pour destituer la junte, ces figures misent sur un compromis avec une « charia soft », une version minimaliste de la loi islamique avec laquelle ils seraient prêts à composer. Cependant, aucune déclaration du groupe terroriste, désormais figure de proue de l’offensive contre la junte, ne laisse présager que sa « victoire » mènerait à un horizon laïc et démocratique. Entre un pouvoir militaire, architecte du chaos qui secoue le Mali, et des djihadistes en pleine ascension, les citoyens aspirant au changement se retrouvent pris au piège. C’est l’impasse politique malienne : un choix impossible entre la charia et la junte.

Cette configuration polémologique a été, en grande partie, engendrée par les putschistes du CNSP. En s’accaparant l’État et en s’acharnant à éradiquer toute forme d’opposition politique, emprisonnant sans discernement les voix discordantes ou les forçant à l’exil, le CNSP d’Assimi Goïta a, malgré lui, renforcé l’expression la plus redoutée de la contestation de son administration. La nature ayant horreur du vide, ce sont aujourd’hui les mouvements armés et les idéologues de l’extrémisme violent qui s’apprêtent à déloger un régime illégal qui s’est arrogé un pouvoir absolu, exacerbant la crise malienne.

Le « nouveau Mali » selon le JNIM

Alors que le JNIM impose un blocus routier à la capitale, Bamako, et menace d’asphyxier l’économie du pays, les dirigeants de la junte persistent dans le déni et des discours prétendument triomphalistes. Tout en misant sur la loyauté de partisans de plus en plus gagnés par le doute, le régime intensifie sa répression. Dans ce qui s’apparente à un règlement de comptes interne, plusieurs militaires ont été arrêtés au lendemain de l’offensive conjointe du JNIM et du FLA du 25 avril. L’enlèvement, le 2 mai dernier, de Mountaga Tall, avocat et acteur politique de premier plan, par des individus cagoulés, est emblématique de cette fuite en avant. Ce mode opératoire porte clairement la marque des autorités de Bamako.

Réagissant à cet événement, Ousmane Diallo, chercheur senior chez Amnesty International, a déclaré : « Nous avons constaté une tendance aux enlèvements au Mali, perpétrés par des agents de l’Agence nationale de la Sécurité d’État. Les autorités doivent mettre fin aux restrictions qu’elles imposent à l’espace civique et aux atteintes aux droits humains, et respecter les obligations et engagements du pays en matière de droits humains. » Les pratiques de la junte perdurent. L’épisode de l’enlèvement de Mountaga Tall s’ajoute à la longue liste des exactions attribuées à un régime qui n’a cessé de créer les conditions de sa propre chute, impactant la politique malienne et la sécurité au Mali.

Dans un communiqué publié juste avant leur offensive du 25 avril, les djihadistes du JNIM avaient exposé la nouvelle orientation de leur projet : « Nous appelons tous les patriotes sincères, sans distinction aucune, à se lever et à unir nos forces dans un front commun, y compris les partis politiques, les forces armées nationales, les autorités religieuses, les chefs traditionnels et toutes les composantes de la société malienne. Il est impératif de mettre fin à la junte, pour une transition pacifique et inclusive pour un nouveau Mali. » Les militaires putschistes avaient, eux aussi, promis un « nouveau Mali » à leurs compatriotes. Mais à quoi ressemblerait celui du JNIM ? Dans sa tentative de concilier ses exigences maximalistes fondées sur l’application de la charia et les revendications réprimées des oppositions politiques traditionnelles, le JNIM, tout comme la junte, n’offre aucune garantie quant au retour à un ordre constitutionnel ordinaire. L’interminable aventure du régime militaire, qui a substitué la loi des armes aux vertus de la politique, a finalement exposé les populations à une tragédie multidimensionnelle. Actuellement, rien ne permet d’entrevoir une issue favorable à ce défi existentiel imposé au Mali.