22 juin 2026

Burkina Voix

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Le Cameroun allège les formalités de transit sur les corridors de Douala

Une décision attendue par les acteurs économiques de la sous-région a été prise par le Conseil national des chargeurs du Cameroun (CNCC). Il a annoncé la suspension, jusqu’à nouvel ordre, de l’exigence du Bordereau électronique de suivi des cargaisons (BESC) pour les flux empruntant les axes Douala-N’Djamena et Douala-Bangui. Cette mesure, officialisée par un communiqué signé le 15 juin 2026 par le directeur général, Auguste Mbappe Penda, concerne l’ensemble des maillons de la chaîne logistique : chargeurs, commissionnaires en douane agréés, transitaires et transporteurs opérant sur les marchandises à destination du Tchad et de la République centrafricaine via le territoire camerounais.

Introduit en 2006, le BESC avait pour objectif de garantir la traçabilité des marchandises, d’assurer une transparence sur les coûts de transport et d’enrichir les données statistiques commerciales. Cependant, son application aux cargaisons en simple transit était devenue une source de tension récurrente avec les opérateurs tchadiens et centrafricains, qui critiquaient une surcharge de formalités et de frais sur la route menant au port de Douala.

Un accord majeur issu du forum tripartite de N’Djamena

La suspension de ce bordereau découle directement des conclusions du 5e forum tripartite Tchad-Cameroun-République centrafricaine, qui s’est tenu en mai 2026 à N’Djamena. Cette rencontre, dédiée à l’amélioration du transit sur l’axe transcamerounais, avait mis en évidence les obstacles techniques et administratifs entravant la circulation fluide des marchandises depuis Douala vers N’Djamena et Bangui.

Les dysfonctionnements s’expliquent en partie par la connectivité encore imparfaite des systèmes d’information entre les différents conseils des chargeurs de la zone CEMAC. Paradoxalement, un outil conçu pour simplifier le suivi des flux finissait par complexifier les opérations. La suspension actuelle répond donc à une double nécessité, technique et politique, en attendant une harmonisation effective des plateformes informatiques régionales.

Les autorités tchadiennes et centrafricaines, qui militaient depuis plusieurs années pour un allègement des procédures à Douala, perçoivent cette décision comme un signe encourageant. Il est important de noter que cette mesure ne modifie en rien les dispositifs de traçabilité gérés par l’administration douanière camerounaise, lesquels restent pleinement en vigueur pour les cargaisons en transit.

Les enjeux financiers majeurs pour le Cameroun : 410 milliards de FCFA de recettes

Pour Yaoundé, l’enjeu économique est considérable. Les services douaniers camerounais estiment à plus de 410 milliards de FCFA les revenus annuels générés par le transit des marchandises destinées au Tchad et à la République centrafricaine. Cette manne financière est directement liée à l’activité du port de Douala, principale porte maritime pour l’arrière-pays sahélien et centrafricain. Toute diminution de la compétitivité de ce corridor expose le Cameroun à un risque de déviation progressive de ces flux essentiels.

Ce risque est bien réel. N’Djamena explore depuis plusieurs années des alternatives logistiques, notamment via le port nigérian de Lagos ou les itinéraires traversant le Soudan, tandis que Bangui évalue régulièrement l’option du corridor congolais via Pointe-Noire. Dans ce contexte de concurrence accrue, chaque procédure jugée superflue renforce l’argumentaire en faveur de la diversification des accès à la mer. La levée du BESC sur les flux en transit représente, à cet égard, une action à la fois défensive et facilitatrice.

Au-delà du BESC : les défis persistants du corridor

Les transporteurs et chargeurs de la sous-région saluent cette initiative, tout en soulignant que le chemin des réformes reste long. Les multiples contrôles le long de l’axe Douala-N’Djamena, les irrégularités rapportées aux postes de police et de douane, ainsi que les délais de traitement portuaire continuent d’alourdir considérablement les coûts logistiques. Sans une résolution de ces problèmes structurels, l’impact de la suspension du BESC demeurera limité.

Pour les autorités camerounaises, le défi consiste désormais à concilier simplification documentaire et rigueur administrative. La modernisation des systèmes d’information, une meilleure coordination interservices et la réduction des contrôles redondants seront déterminantes pour que le corridor transcamerounais conserve sa position de choix pour le fret tchadien et centrafricain. La suspension du BESC n’est qu’un premier pas dans un programme de réformes attendu de longue date par les opérateurs de la CEMAC.