l’alliance maroco-américaine, pilier géopolitique face aux crises migratoires

L’alliance entre le Maroc et les États-Unis, scellée depuis plus de deux siècles, joue un rôle central dans les dynamiques sécuritaires et migratoires de la région. Cette relation, marquée par un soutien mutuel, s’est illustrée récemment lors de la crise de Ceuta, où plus de 70 000 personnes ont franchi la frontière vers l’enclave espagnole, causant la mort d’au moins 140 individus.
Washington a réagi avec une fermeté inhabituelle envers Madrid, critiquant ouvertement les politiques migratoires espagnoles et dénonçant une « catastrophe » comparable à une « invasion ». Aucune remise en cause n’a été formulée à l’encontre du Maroc, d’où provenait pourtant l’afflux massif de migrants.

Cette position a surpris certains observateurs, notamment en Espagne, pays membre de l’OTAN où les États-Unis disposent de bases militaires stratégiques comme celles de Rota et Morón. Bien que le Maroc ne fasse pas partie de l’Alliance atlantique, il reste un partenaire incontournable pour Washington en matière de renseignement et de sécurité.
Un partenariat né il y a plus de deux siècles
Les liens entre les deux nations remontent à 1776, lorsque le Maroc, dirigé par la dynastie alaouite, a été le premier pays à reconnaître officiellement l’indépendance des États-Unis. Un an plus tard, le sultan Mohammed III autorisait les navires américains à accéder librement aux ports marocains, une décision présentée comme la première reconnaissance internationale de la jeune république.
En 1786, le Traité de paix et d’amitié signé à Marrakech officialisait cette alliance, offrant aux États-Unis une protection contre les corsaires nord-africains et ouvrant des perspectives commerciales majeures. Ce traité, toujours en vigueur aujourd’hui, est le plus ancien accord diplomatique encore actif pour les États-Unis.

Selon Timothy W. Kneeland, professeur d’histoire à l’université de Nazareth, cette alliance historique a permis aux États-Unis de renforcer leur légitimité internationale et d’étendre leur influence commerciale en Afrique, en Europe et au-delà.
Sécurité, commerce et Sahara occidental
La coopération sécuritaire entre les deux pays s’est intensifiée dès les années 1950, lorsque Washington a obtenu l’autorisation de la France d’utiliser des bases aériennes marocaines. Après l’indépendance du Maroc en 1956, les relations diplomatiques se sont immédiatement renforcées.
Dans les années 1970, les États-Unis ont soutenu discrètement le Maroc lors de la Marche verte, une opération visant à récupérer le Sahara occidental, territoire contesté. Bien que Washington ait officiellement prôné une solution négociée, des documents déclassifiés révèlent une position favorable à la position marocaine.
Après les attentats du 11 septembre 2001, le Maroc est devenu un allié clé dans la lutte antiterroriste. En 2004, il a été désigné comme « allié majeur non membre de l’OTAN », un statut qui facilite l’accès à l’armement américain. Le Maroc accueille également African Lion, le plus grand exercice militaire organisé par l’AFRICOM.

Sur le plan économique, l’accord de libre-échange signé en 2006 a dynamisé les échanges commerciaux, atteignant 7,4 milliards de dollars en 2025. Le Maroc est ainsi devenu le 46e marché d’exportation des États-Unis.
En 2020, Donald Trump a reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, une décision stratégique renforçant les Accords d’Abraham. Le Maroc est aujourd’hui perçu comme un partenaire essentiel pour Washington dans la gestion des crises régionales.
Un triangle géopolitique sous tension : Maroc, États-Unis et Espagne
La crise de Ceuta a exacerbé les tensions au sein du triangle formé par les États-Unis, le Maroc et l’Espagne. Madrid, allié historique de Washington, dépend du Maroc pour la gestion de sa frontière sud. Pourtant, les relations entre l’Espagne et le Maroc se sont dégradées, notamment après l’afflux de migrants vers Ceuta.
Alors que l’Espagne a pointé du doigt les réseaux de trafic humain et les réseaux sociaux, des voix au sein du pays accusent le Maroc d’avoir orchestré ou facilité cette crise. Washington, quant à lui, a préféré critiquer la gestion migratoire espagnole, sans remettre en cause la position marocaine.

Cette position a mis en lumière les divergences entre Washington et Madrid, notamment sur l’utilisation des bases militaires espagnoles pour des opérations en Iran. Le Maroc, en revanche, pourrait devenir un partenaire encore plus précieux pour les États-Unis dans ce contexte.
Lors de son message pour la Fête du Trône en 2025, Donald Trump a réaffirmé l’importance de cette alliance : « Nous célébrons 250 ans d’amitié indéfectible avec le Maroc, un lien forgé sur la confiance et le respect mutuel. » Il a également réitéré le soutien américain à la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, scellant ainsi une relation stratégique pour les décennies à venir.
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