25 août 2026

Burkina Voix

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Ébola en république démocratique du Congo : une propagation alarmante dans l’est du pays

La flambée épidémique d’ébola en République démocratique du Congo (RDC) ne montre aucun signe d’essoufflement. Selon les dernières données officielles, plus de 1 850 personnes ont succombé à cette maladie depuis le début de l’épidémie, déclarée le 15 mai. Avec près de 4 000 cas recensés, cette crise sanitaire est désormais la deuxième plus grave jamais enregistrée, affichant une vitesse de propagation inédite. Le taux de mortalité dépasse les 40 %, un bilan bien plus lourd que lors des précédentes épidémies de cette souche, le Bundibugyo.

En effet, ce variant a déjà causé cinq fois plus de décès en moins de temps que lors de la dernière grande flambée dans le pays, entre 2018 et 2020. « Aujourd’hui, je ne peux affirmer que nous maîtrisons totalement cette épidémie », a admis le directeur général de l’Africa CDC à la fin du mois de juillet. Cette déclaration reflète l’urgence d’une situation qui s’aggrave chaque jour.

Un environnement instable qui entrave la lutte contre l’épidémie

Plusieurs obstacles majeurs expliquent cette escalade préoccupante. D’abord, un retard significatif dans la détection des premiers cas. L’est de la RDC, et plus particulièrement la province de l’Ituri, est une zone où les conditions de travail pour les équipes médicales sont extrêmement difficiles. Frappée par des attaques terroristes régulières menées par les ADF venues d’Ouganda, cette région est également le théâtre de violences perpétrées par de multiples milices locales. Ces groupes se disputent le contrôle des terres, des ressources minières ou encore l’influence sur les populations.

Le Nord-Kivu, une autre province touchée par l’épidémie, est partiellement hors du contrôle des autorités de Kinshasa. Une grande partie de ce territoire a été occupée il y a plus d’un an par le groupe armé M23, considéré comme un proxy du Rwanda, à l’issue de combats intenses avec l’armée congolaise.

Ces violences ont entraîné le déplacement de millions de personnes vers l’Ouganda, le Burundi ou d’autres régions de la RDC. Ce bouleversement a plongé la population dans une crise humanitaire et sécuritaire sans précédent, aggravant les conditions de vie et d’hygiène déjà précaires. Par ailleurs, au début de l’épidémie, les moyens alloués à la surveillance épidémiologique et au dépistage étaient insuffisants, retardant l’identification et la confirmation rapide des cas.

Le suivi des contacts, élément clé pour endiguer la propagation, reste également défaillant. À Bunia, épicentre de l’épidémie, 90 % des patients admis n’étaient pas des contacts suivis. Dans toute la province de l’Ituri, seuls 59 % des contacts ont pu être traqués. Selon les estimations de l’Africa CDC, chaque cas confirmé en zone urbaine nécessite le suivi d’environ 40 contacts, ce qui représenterait environ 134 400 personnes. Pourtant, seulement 17 500 contacts sont actuellement suivis, soit 13 % de l’objectif. Environ un cinquième des personnes recensées ne bénéficient pas d’un suivi régulier, en raison d’un manque de personnel ou des violences persistantes. Un autre indicateur alarmant : 60 % des décès surviennent au sein des communautés, et non dans des centres de santé.

Des avancées médicales en cours, mais encore insuffisantes

Face à cette situation critique, des initiatives prometteuses voient le jour. Un essai clinique pour un vaccin contre le Bundibugyo a débuté ce mois-ci à l’université d’Oxford. Le premier volontaire a reçu une dose, dans le cadre d’une étude devant inclure 50 adultes pour évaluer la sécurité du vaccin. Parallèlement, la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (CEPI) finance le développement d’un autre vaccin par le laboratoire singapourien Hilleman Laboratories, avec l’objectif de produire rapidement des doses et de les tester en RDC.

En attendant, l’Africa CDC a annoncé vouloir administrer massivement le vaccin contre la souche Zaïre du virus Ebola aux populations affectées. Bien que cette souche soit différente du Bundibugyo, les patients vaccinés contre le Zaïre développent des symptômes légers et ne décèdent pas. Plus de 40 patients participent également à un essai évaluant une combinaison de traitements.

Jean Kaseya, directeur général de l’Africa CDC, a également annoncé vouloir généraliser l’utilisation du remdesivir, un antiviral, en RDC. Cette décision s’appuie sur les résultats positifs observés en Ouganda voisin, où le taux de mortalité reste à 10 % grâce à l’administration systématique de ce médicament. « Si l’Ouganda a réussi à contenir l’épidémie, c’est parce que les autorités ont utilisé le remdesivir pour toutes les personnes malades et les contacts », a-t-il souligné. Selon les projections des autorités sanitaires internationales, cette épidémie pourrait dépasser en ampleur celle de 2014-2016 en Afrique de l’Ouest, la plus meurtrière jamais enregistrée avec plus de 11 000 morts.

Une aide internationale tardive et limitée

Un autre facteur a contribué à l’aggravation de la situation : le retard dans l’acheminement de l’aide internationale. Début 2025, l’administration américaine avait suspendu les aides sanitaires et médicales fournies depuis des décennies par l’agence USAID, fragilisant considérablement le système de santé congolais. Ce n’est que le 5 août que le département d’État américain a annoncé une nouvelle allocation de 242 millions de dollars, portant l’aide directe des États-Unis à 512 millions de dollars pour la lutte contre l’ébola. Cette somme, bien que significative, ne couvre que partiellement les besoins.

Avec ce financement, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) disposent enfin des ressources nécessaires pour mettre en œuvre leur plan de réponse sur les six premiers mois, évalué à 518 millions de dollars. Pourtant, ce montant reste bien inférieur aux dépenses américaines lors des précédentes crises sanitaires. Les États-Unis restent le premier contributeur à la lutte contre l’ébola, loin devant l’Union européenne.