26 mai 2026

Burkina Voix

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La terreur en Centrafrique : le prix mortel de la dénonciation face à Wagner et aux forces de sécurité

Le silence ou la mort : le dilemme des victimes en Centrafrique

En République centrafricaine, briser le silence sur les sévices subis revient souvent à signer son propre arrêt de mort. Les mercenaires du groupe Wagner, les Forces armées centrafricaines (FACA), ainsi que certains éléments de la gendarmerie et de la garde présidentielle, font régner une atmosphère de terreur absolue. Que ce soit à Bangui ou dans les provinces, les exactions se multiplient : pillages, tortures et exécutions sommaires sont parfois même exhibés sur les réseaux sociaux comme des trophées. Face à ces horreurs, le pouvoir en place choisit la dénégation, qualifiant les preuves de simples « montages » et traitant les plaignants d’ennemis de la nation. Dans cet environnement où la sécurité est inexistante, la quête de justice mène inexorablement vers la prison, l’exil ou le tombeau.

Bangui sous la coupe du commandant Yarkokpa

Dans la capitale, le commandant Môn Gervais Simplice Yarkokpa, officier de la garde présidentielle, est au cœur d’un système prédateur. Au début de l’année 2025, il s’en est pris violemment à un policier, Ouadole Freddy, qui avait eu le tort de pointer du doigt ses activités illicites. Ce dernier a été menotté et frappé à coups de machette à l’aéroport de Bangui-Mpoko. Auparavant, en août 2023, deux soldats, Dongomalé Dieubeni (dit Fort Papy) et Selekoy Tanguy, ont été évincés de l’armée sur la base d’accusations infondées grâce à l’influence de Yarkokpa auprès du ministère de la Défense.

Plus récemment, c’est le jeune Jefté Ngaïndiro, habitant du quartier Combattant, qui a fait les frais de cette brutalité. Accusé sans preuve du vol d’une forte somme d’argent, il a été kidnappé, torturé et dépouillé de ses biens par les hommes du commandant. Son cas illustre parfaitement la vulnérabilité des citoyens face à ceux qui utilisent l’uniforme comme un permis de commettre des crimes.

La traque sanglante des témoins à Zémio

Dans le Haut-Mbomou, à Zémio, la répression a pris une tournure dramatique le 15 mai 2025. Tisso René, un conseiller municipal et enseignant respecté, a été capturé par des forces mixtes avant d’être livré aux mercenaires de Wagner. Sa disparition laisse craindre une exécution extrajudiciaire. Pour étouffer l’affaire, une véritable chasse à l’homme a été lancée contre les témoins.

Narcisse, un commerçant ayant assisté à l’arrestation, a dû fuir dans la brousse pour échapper aux gendarmes. Malheureusement, Tisso Grâce, le fils de l’enseignant disparu, n’a pas eu cette chance. Capturé à son retour de République démocratique du Congo, il a subi des tortures d’une violence extrême, les autorités l’accusant d’avoir témoigné dans les médias. Il lutte aujourd’hui pour sa survie, victime d’une volonté farouche de masquer la vérité.

Une institution judiciaire impuissante et complice

Le système judiciaire centrafricain semble totalement paralysé. Au tribunal de Bangui, les plaintes visant les agissements de Wagner ou des FACA s’accumulent dans l’indifférence générale. Les greffiers eux-mêmes admettent l’impossibilité de traiter ces dossiers, souvent classés comme « confidentiels ». Cette impunité est encouragée par le gouvernement, qui protège les forces qu’il a lui-même sollicitées.

Les preuves visuelles, telles que la vidéo de torture filmée à Ippy en février 2025 ou les images de décapitations attribuées à Wagner en 2024, ne déclenchent aucune enquête sérieuse. Au contraire, elles sont systématiquement balayées par les autorités officielles.

Yarkokpa : l’impunité d’un chef de réseau

Ancien membre des milices anti-balaka, Yarkokpa a su gravir les échelons pour devenir un pilier du régime, malgré un parcours académique douteux au sein de la gendarmerie. Il est aujourd’hui à la tête d’un réseau criminel impliquant le trafic de stupéfiants, d’alcool de contrebande et de fausse monnaie. En juin 2024, il aurait orchestré le vol d’une cargaison d’or et de diamants appartenant à des négociants étrangers, Samir Antonio Osmani et Haçade Bensalem. Ceux qui, comme l’adjudant Kparambéti, osent dénoncer ces trafics, finissent derrière les barreaux.

Un peuple condamné au mutisme

Aujourd’hui, en Centrafrique, dénoncer la torture est un acte d’héroïsme qui se paie souvent au prix fort. Entre les mercenaires de Wagner et les officiers influents comme Yarkokpa, la population est prise en étau. Les cris des suppliciés, de Tisso René à Jefté Ngaïndiro, se perdent dans un vide juridique et politique abyssal, laissant planer une question obsédante : qui osera enfin briser ce cycle de violence ?