Depuis les coups d’État de 2020 et 2021, la direction militaire du Mali a repositionné le pays comme un acteur souverain au sein d’un paysage géopolitique en mutation. En s’éloignant des partenaires occidentaux traditionnels pour s’engager avec de nouveaux alliés comme la Russie et les Émirats arabes unis, Bamako affirme vouloir reconquérir son autonomie nationale. Cependant, cette approche révèle les limites des partenariats transactionnels dans les États fragiles. Malgré une diversification des alliances, l’insécurité persiste, l’économie stagne et la gouvernance continue de s’affaiblir.
Sous l’impulsion d’Assimi Goïta, le Mali a opéré une transformation stratégique profonde. Ce virage est marqué par un discours souverainiste qui privilégie l’indépendance nationale et la résistance aux ingérences extérieures, une posture qui trouve un écho chez une population lassée par des années d’instabilité et par la perception d’une domination étrangère, notamment française. Ce réalignement a conduit à l’expulsion de la MINUSMA et à un renforcement spectaculaire des liens avec Moscou.
Cette diplomatie malienne peut être qualifiée de post-alignement souverainiste transactionnel. Le régime de Bamako ne s’inscrit plus dans une structure d’alliance rigide, mais utilise la concurrence entre acteurs externes pour maximiser sa propre sécurité et renforcer sa légitimité interne. Toutefois, les promesses de lutte contre la corruption et de réforme institutionnelle peinent à se concrétiser. Les élections ont été maintes fois repoussées et, le 13 mai 2025, le gouvernement a franchi une étape supplémentaire en dissolvant les partis politiques pour des raisons d’ordre public.
Un développement économique en berne
Sur le plan socio-économique, le bilan reste précaire. Les services de base comme la justice, les infrastructures et la sécurité font défaut, particulièrement dans les zones rurales. La croissance économique demeure concentrée dans les centres urbains, aggravant les disparités territoriales. Le Mali occupe ainsi le 188ème rang sur 193 au classement de l’Indice de développement humain de l’ONU.
Malgré les engagements initiaux de la transition, la corruption continue de freiner le progrès. Les signes d’enrichissement de certaines élites contrastent avec les conditions de vie difficiles de la majorité des Maliens, alimentant un sentiment d’injustice sociale.
Défis sécuritaires et influences étrangères
L’environnement sécuritaire se dégrade, favorisant l’expansion de groupes armés tels que le JNIM et l’EIGS (État islamique au Sahel). Ces organisations exploitent les griefs locaux et la détresse économique pour recruter au sein d’une jeunesse désabusée. Malgré les offensives militaires, la menace terroriste reste omniprésente, marquée par des embuscades et des affrontements violents.
La Russie occupe désormais une place centrale dans l’architecture de défense du Mali. Après le départ des forces françaises, le groupe Wagner a fourni un appui tactique, permettant notamment la reprise de Kidal en 2023. En juin 2025, cette force a été remplacée par l’Africa Corps, sous contrôle direct du ministère russe de la Défense. Bien que ce changement consolide l’influence de Moscou, le Mali conserve une certaine flexibilité, comme l’illustrent les discussions avec les États-Unis pour la reprise de vols de reconnaissance en 2026.
Le conflit en Ukraine s’invite également sur le sol malien. Le soutien présumé de Kyiv aux rebelles du nord, via des drones et du renseignement, a conduit à une embuscade meurtrière près de Tinzaouatene en juillet 2024, provoquant la rupture des relations diplomatiques entre Bamako et l’Ukraine. Parallèlement, les Émirats arabes unis étendent discrètement leur influence dans le Sahel, naviguant entre soutien aux nouveaux régimes et compétition régionale avec l’Algérie ou le Qatar.
Quelles perspectives pour l’avenir ?
Le futur du Mali semble incertain. La stratégie de souveraineté transactionnelle, si elle permet au régime de se maintenir à court terme, expose le pays à des chocs externes et à une dépendance accrue envers de nouveaux tuteurs. Sans réformes structurelles profondes et sans un rétablissement de la confiance entre l’État et ses citoyens, la crise risque de s’intensifier et de déborder sur les pays voisins, notamment vers le golfe de Guinée.
La stabilité durable du Mali dépendra de sa capacité à transformer son modèle politique et social tout en atténuant son exposition aux rivalités géopolitiques mondiales qui transforment le Sahel en un théâtre de confrontation secondaire.
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