10 juin 2026

Burkina Voix

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Interdiction des motos au Mali : une mesure controversée pour sécuriser le pays

Le gouvernement malien restreint sévèrement la circulation des deux-roues motorisés

Une décision radicale a été prise par les autorités de transition au Mali : la circulation des motos de grosse cylindrée est désormais interdite en dehors des grandes agglomérations pour une durée d’un an, renouvelable. Cette mesure s’inscrit dans une stratégie visant à limiter la mobilité des groupes armés terroristes opérant sur le territoire. Elle concerne également l’importation, le transit, la vente et la distribution de ces véhicules à deux roues dans l’ensemble du pays.

L’annonce a été diffusée par voie officielle à la télévision nationale en début de mois, formalisée par un arrêté interministériel. Selon ce texte, « la circulation des motocyclettes d’une cylindrée de 125 cm³ et plus est suspendue hors des grandes villes ». Les zones concernées incluent le district de Bamako, ainsi que les chefs-lieux de région, de cercle et d’arrondissement.

Une artère principale de Bamako, capitale du Mali

Des adaptations locales sous conditions

Malgré l’interdiction nationale, les gouverneurs régionaux conservent une marge de manœuvre. Ils peuvent ajuster ou interdire totalement la circulation de ces motos dans les chefs-lieux de cercle, en fonction du contexte sécuritaire local. Cette flexibilité vise à concilier les impératifs de sécurité avec les réalités territoriales.

Un habitant de Bandiagara, situé au centre du pays, a tenu à s’exprimer sous anonymat. Pour lui, cette mesure sera difficile à appliquer dans sa région. « Dans le pays dogon, ces motos sont indispensables. Nos paysages montagneux et nos routes escarpées rendent les déplacements en voiture quasi impossibles. Que ce soit pour nos forces armées, les travailleurs humanitaires, les paysans ou même pour transporter des malades vers les centres de santé, ces engins sont irremplaçables. Ils remplacent même les ambulances dans certaines zones ! », explique-t-il.

Un impact économique et social préoccupant

À Mopti, toujours dans le centre du pays, les propriétaires de motos de grosse cylindrée voient leurs moyens de subsistance menacés. Ces véhicules leur permettent de se déplacer quotidiennement entre villages pour exercer leurs activités liées à l’agriculture, l’élevage ou la pêche. Si certains reconnaissent la nécessité de cette mesure pour des raisons de sécurité, d’autres s’inquiètent de ses conséquences.

Un riverain de Mopti témoigne : « Nous relions régulièrement les villages éloignés pour livrer nos produits, comme du pain. Depuis l’annonce de l’interdiction, beaucoup d’entre nous ont dû mettre nos motos au garage. Cette mesure va compliquer notre quotidien et fragiliser nos revenus. »

Entre sécurité nationale et survie quotidienne

Les motos de grosse cylindrée sont devenues un outil clé pour les groupes armés, qui les utilisent pour mener des attaques terroristes à travers le pays. Cependant, elles représentent aussi un moyen de transport essentiel pour les populations, faute d’alternatives viables. Cette dualité illustre la complexité de la crise au Mali.

Rappelons que fin avril 2026, une attaque d’ampleur coordonnée par des djihadistes a frappé plusieurs villes du pays, soulignant l’urgence d’agir contre ces menaces. Cette nouvelle réglementation, bien que nécessaire selon les autorités, risque d’alourdir le fardeau déjà lourd des Maliens.