30 avril 2026

Guerre des mots entre Mali et Algérie sur l’exportation du terrorisme

Le Mali et le Niger accusent l’Algérie de propager le terrorisme au Sahel

Le Mali et le Niger viennent de réitérer des accusations anciennes, affirmant que l’Algérie exporte le terrorisme dans la région du Sahel en offrant un refuge et un soutien logistique à des groupes armés qui opèrent au sud de ses frontières.

Lors d’un forum régional sur la sécurité organisé au Sénégal, les responsables malien et nigérien n’ont pas explicitement désigné l’Algérie dans leurs déclarations. Pourtant, leurs propos reprenaient mot pour mot les allégations répétées par Bamako depuis plusieurs mois. Selon ces accusations, Alger servirait de base arrière, tant sur le plan logistique que politique, à des groupes terroristes et séparatistes actifs dans le nord du Mali.

« Certains pays voisins abritent actuellement des groupes terroristes, les soutiennent activement ou accueillent régulièrement des forces hostiles menant des opérations contre nous », a déclaré le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, lors d’une interview accordée à Reuters.

Les racines du terrorisme au Sahel remontent aux années 1990 en Algérie

Les experts en sécurité attribuent l’actuelle menace terroriste dans le Sahel à la guerre civile algérienne des années 1990. Selon eux, les réseaux militants vaincus ou déplacés à l’intérieur de l’Algérie se sont restructurés et ont migré vers le sud plutôt que de disparaître. Des organisations comme Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) sont nées de l’ancien Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), lui-même issu du Groupe islamique armé (GIA) qui combattait le gouvernement algérien pendant la « Décennie noire ». Pendant des années, ces groupes ont été dirigés par des ressortissants algériens qui ont déplacé leurs opérations vers le Mali et le Sahara sous la pression militaire en Algérie.

Des rapports évoquent également des complicités présumées entre les services de sécurité algériens et certains groupes terroristes actifs au Sahel.

Le gouvernement malien a maintes fois dénoncé, lors d’échanges diplomatiques et de déclarations officielles à l’ONU, le soutien de l’Algérie au terrorisme. Ces tensions se sont particulièrement aggravées après une dégradation brutale des relations entre les deux pays l’année dernière.

Le nord du Mali, épicentre des tensions régionales

Les frictions entre le Mali et l’Algérie trouvent leur origine dans le nord du pays, où des groupes terroristes et des milices touarègues défient l’autorité de l’État malien depuis plus de dix ans. Bamako accuse Alger de faciliter les mouvements de ces groupes en maintenant une politique permissive envers les militants opérant le long de sa frontière sud.

En septembre de l’année dernière, le Premier ministre malien, Abdoulaye Maïga, a déclaré devant l’Assemblée générale des Nations unies que l’Algérie était passée du statut de partenaire dans la lutte antiterroriste à celui d’« exportateur de terrorisme » vers le Sahel.

Ces accusations se sont intensifiées après qu’un drone militaire malien a été abattu par les forces algériennes près de la frontière à la fin du mois de mars. Bamako a interprété cet incident comme une manœuvre délibérée visant à protéger des chefs terroristes ciblés par les opérations maliennes.

En représailles, le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont rappelé conjointement leurs ambassadeurs à Alger et publié un communiqué commun accusant l’Algérie de soutenir le terrorisme.

Le Niger s’aligne sur les positions du Mali face à l’Algérie

Le Niger a régulièrement soutenu les positions du Mali dans ses différends avec l’Algérie. Les autorités nigériennes ont appuyé la riposte diplomatique malienne après l’incident du drone et ont exprimé leur solidarité avec Bamako face à ce qu’elles qualifient de terrorisme algérien.

Le chef de l’État nigérien, le général Abdourahamane Tiani, a déjà accusé plusieurs gouvernements étrangers de financer des attaques contre le Niger. Niamey, comme Bamako, considère l’Algérie comme un facteur de déstabilisation croissant dans la région.

Un clivage grandissant en matière de sécurité en Afrique de l’Ouest

Pour l’instant, le litige sur le rôle de l’Algérie illustre une fracture de plus en plus marquée dans la politique sécuritaire de l’Afrique de l’Ouest. Les régimes militaires du Sahel estiment qu’il est impossible de vaincre le terrorisme tant que des pays voisins adoptent, selon eux, des comportements permissifs ou déstabilisateurs sans aucune restriction.