Une attaque meurtrière sur un marché du Niger
Une frappe aérienne présumée d’un drone militaire nigérien a causé la mort d’au moins 17 civils, dont quatre enfants, et blessé 13 autres dans un marché très fréquenté de la région de Tillabéri, à l’ouest du Niger, le 6 janvier 2026. Selon les informations recueillies, cette frappe aurait également tué trois combattants de l’État islamique au Sahel (EIS).
Un bilan humain dramatique
Parmi les victimes figuraient 11 femmes, deux hommes et quatre enfants, dont les âges variaient entre 5 et 50 ans. Une liste détaillée des victimes a été établie par les habitants. Les blessés, au nombre de 13, comprenaient notamment des brûlures graves et des fractures causées par les éclats de l’explosion.
Violation du droit international humanitaire
Les autorités nigériennes n’ont jusqu’à présent pas réagi publiquement à cette frappe controversée. Human Rights Watch a adressé une lettre à la junte militaire, copropriétaire du pouvoir depuis le coup d’État de juillet 2023, pour exiger des clarifications. Aucune réponse n’a été obtenue à ce jour.
Cette attaque soulève de sérieuses questions sur le respect du droit de la guerre, qui interdit formellement les attaques indiscriminées ciblant indistinctement civils et combattants. Les enquêteurs estiment que l’utilisation d’une munition explosive sur un marché bondé de civils pourrait constituer un crime de guerre.
« Les attaques militaires doivent impérativement distinguer entre civils et combattants. L’utilisation d’un drone pour frapper un lieu aussi fréquenté que ce marché relève d’une négligence grave, voire d’une intention criminelle », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse spécialiste du Sahel pour l’organisation.
Témoignages accablants sur les circonstances de l’attaque
Les habitants de Kokoloko ont partagé des récits poignant sur les événements du 6 janvier. Entre 10h et 13h, plusieurs témoins ont observé un drone blanc survoler la zone à deux reprises avant de larguer une munition vers 13h30, moment où le marché était particulièrement animé.
« J’ai vu le drone planer au-dessus de nous, puis j’ai entendu un sifflement terrifiant avant l’explosion », a témoigné un marchand de 36 ans, miraculeusement épargné. « Le marché était rempli de femmes, d’enfants et de marchands. Ils achetaient du riz, de la viande et d’autres denrées. Les étals en bois ont pris feu instantanément. »
Présence de combattants de l’EIS au moment des faits
Les témoignages indiquent que trois combattants de l’État islamique au Sahel, vêtus en civil et sans armes visibles, se trouvaient au marché au moment de l’attaque. Trois autres étaient présents dans le village. Les combattants de l’EIS avaient l’habitude de fréquenter les marchés de la région pour s’approvisionner.
« Vers 9h ce matin-là, six hommes armés de kalachnikovs et d’une mitrailleuse sont arrivés au village. Trois d’entre eux se sont rendus au marché comme à leur habitude », a expliqué le marchand. « Ils achetaient des provisions avant de repartir. »
Une enquête urgente et une indemnisation nécessaire
Les corps des victimes, carbonisés et méconnaissables, ont été enterrés dans deux fosses communes distinctes : l’une pour les femmes et les enfants, l’autre pour les hommes. Les images satellites et les vidéos analysées par Human Rights Watch confirment l’ampleur des dégâts, avec des zones brûlées visibles le long de la route principale.
« Les autorités nigériennes doivent lancer une enquête transparente et impartiale », a insisté Ilaria Allegrozzi. « Elles ont également l’obligation de réparer les préjudices subis par les victimes et leurs familles, tant sur le plan matériel qu’émotionnel. »
Conséquences humanitaires et exode massif
À la suite de l’attaque, près de 1 200 habitants de Kokoloko ont fui vers des villages voisins ou ont traversé la frontière vers le Mali. Une femme ayant perdu sa cousine et son neveu a raconté : « Après la frappe, j’ai passé la nuit dans un village proche avec mes enfants. Puis, nous avons fui vers le Mali avec presque rien. »
Contexte sécuritaire au Sahel : une région sous tension
La région de Tillabéri, frontalière avec le Burkina Faso, est en proie à une insécurité croissante depuis plusieurs années. Les groupes armés, tels que l’EIS et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), multiplient les attaques contre les civils et les forces de sécurité.
Selon l’ACLED (Armed Conflict Location and Event Data), Tillabéri a enregistré en 2025 le plus grand nombre de victimes civiles dans le centre du Sahel, imputables à l’EIS, à l’armée nigérienne et au GSIM.
Cette attaque s’ajoute à d’autres incidents similaires. En septembre 2025, des frappes aériennes nigériennes avaient déjà causé la mort de plus de 30 civils dans un marché d’Injar. En janvier 2024, des drones militaires avaient également tué des civils dans le village de Tiawa.
Appel à la responsabilité internationale
Human Rights Watch a exhorté les partenaires internationaux du Niger, notamment les pays soutenant l’armée nigérienne, à exercer des pressions pour que les autorités nigériennes adoptent des mesures préventives et protègent les populations civiles.
« Les gouvernements étrangers doivent exiger des comptes au gouvernement nigérien et veiller à ce que des compensations soient versées aux victimes », a conclu Ilaria Allegrozzi. « Les civils paient le prix fort de ce conflit, et il est temps d’agir pour limiter ces tragédies. »
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