28 avril 2026

Force unifiée de l’AES : quels défis pour une alliance sahélienne efficace ?

La force unifiée de l’AES : un espoir pour la sécurité au Sahel ?

Le général Assimi Goïta, président de la Transition au Mali, passe en revue des troupes en tenue militaire

Crédit photo : Présidence de la République du Mali

Les juntes militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger se réunissent à Bamako pour évaluer les avancées de la Confédération des États du Sahel (AES), créée en juillet 2024. Cette rencontre vise à analyser les progrès réalisés, les défis sécuritaires persistants et à désigner un nouveau président de la confédération. L’objectif principal reste l’opérationnalisation des institutions et le renforcement de la coordination entre les trois États membres.

Selon les autorités maliennes, la feuille de route adoptée a permis de structurer les instances confédérales et d’améliorer la collaboration régionale. Cependant, les enjeux sécuritaires et diplomatiques restent au cœur des discussions, notamment face à la persistance des attaques armées et à la mobilité des groupes djihadistes transfrontaliers.

Qu’est-ce que la force unifiée de l’AES ?

Véhicule militaire portant l’inscription 'FU-AES'

Crédit photo : Présidence de la République du Mali

Face à l’insécurité croissante dans la région, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont décidé de mutualiser leurs moyens militaires. La Force unifiée de l’AES (FU-AES), officiellement lancée à Bamako fin décembre 2025, est composée de 5 000 soldats issus des trois pays. Son commandement est confié au général Daouda Traoré du Burkina Faso.

Cette force a pour mission de lutter contre les groupes djihadistes et les menaces transfrontalières. Comme l’a souligné le général Sadio Camara, ministre malien de la Défense : « La paix, la sécurité et la souveraineté ne se délèguent pas. » La création de cette force marque un engagement irréversible des trois États, fondé sur des valeurs sahéliennes de solidarité et de dignité.

Comment la force unifiée pourrait-elle atteindre ses objectifs ?

Soldats de la FU-AES en opération

Crédit photo : Présidence de la République du Mali

Pour être efficace, la FU-AES devra relever plusieurs défis majeurs. Fiacre Vidjenagninou, chercheur au Behanzin Institute et associé à l’Egmont Institute, souligne que le succès dépendra de plusieurs facteurs clés :

  • Une stratégie militaire adaptée : Concentrer les efforts sur les zones où les groupes armés sont les plus structurés. Il est essentiel d’adopter une approche « renseignement-action » : collecter les informations, les fusionner et frapper rapidement, tout en maintenant une présence sur le terrain pour éviter les retours offensifs des djihadistes.
  • Une gouvernance renforcée : Une force militaire peut gagner des batailles, mais sans une gouvernance minimale, elle ne peut garantir une stabilisation durable. Il est crucial de sécuriser les marchés, protéger les villages et rassurer les populations locales.
  • Une coordination sans faille : Le partage des renseignements, le ravitaillement des troupes, l’évacuation des blessés et la tenue du terrain après les opérations sont des leviers essentiels pour maintenir l’efficacité de la force.

« Une force commune doit utiliser une méthode simple : frapper vite, rester sur place et contrôler les axes stratégiques », explique Fiacre Vidjenagninou. Il met en garde contre les stratégies consistant à frapper et repartir sans consolidation, car elles permettent aux groupes armés de revenir et de poursuivre leurs activités.

S’ouvrir pour être efficace ?

Les dirigeants du Mali, du Burkina Faso et du Niger lors d’un sommet de l’AES

Crédit photo : Getty Images

Le chercheur insiste sur la nécessité d’une approche progressive. Élargir la force à d’autres pays pourrait compliquer la coordination, en raison de doctrines militaires différentes et de méfiances potentielles. La stratégie la plus judicieuse serait de prouver l’efficacité de l’alliance à trois avant d’envisager une intégration plus large.

« Il faut d’abord réussir à trois, puis collaborer avec des voisins de manière opérationnelle, en ciblant des couloirs précis et en renforçant les accords de poursuites transfrontalières. Ce n’est qu’ensuite que l’on pourra envisager une intégration formelle, lorsque la confiance sera établie », explique-t-il.

Les prochains jours s’annoncent décisifs. Lors de leur rencontre à Bamako, les chefs d’État de l’AES devront discuter avec le commandement de la FU-AES pour évaluer les premiers résultats et ajuster la stratégie. Parmi les autres sujets à l’ordre du jour figurent la création officielle de la Télévision de l’AES (siège à Bamako) et de la Banque confédérale d’investissement et de développement (BCID), dotée d’un capital initial de 500 milliards de francs CFA.

Cette alliance, née des coups d’État au Mali, au Burkina Faso et au Niger, marque une rupture avec la CEDEAO et une volonté de renforcer l’autonomie régionale. La FU-AES incarne ainsi un tournant politique majeur pour le Sahel, dont la crédibilité se mesurera sur le terrain, dans la capacité à protéger les populations et à instaurer une stabilité durable.