5 mai 2026

Financer la santé sexuelle au Burkina Faso : des solutions locales pour préserver les droits

Face à la baisse des aides internationales, le Burkina Faso mise sur des alternatives locales pour la santé sexuelle et reproductive

Le Réseau des médias africains pour la promotion de la santé et de l’environnement (REMAPSEN) a organisé une rencontre d’échange le 24 mars 2026 sur un enjeu critique : « Comment financer durablement la santé sexuelle et reproductive au Burkina Faso, alors que la crise sécuritaire et le retrait des partenaires extérieurs menacent les droits fondamentaux des populations ? »

Cette crise, marquée par une diminution drastique des financements externes, place le pays devant un défi sans précédent : maintenir l’accès aux services essentiels de santé sexuelle et reproductive (SSR), tout en garantissant la continuité des droits des citoyens.

Un financement extérieur en forte baisse

Selon les chiffres du ministère de la Santé, jusqu’à 81 % des fonds alloués à la SSR provenaient de partenaires internationaux. Or, ces dernières années, ces contributions se sont réduites comme peau de chagrin. Une situation qui force les acteurs locaux à repenser entièrement leur stratégie de financement, en privilégiant des solutions endogènes.

Face à ce constat, Désiré Thiombiano, directeur de AMS synergie Burkina Faso, appelle à une mobilisation immédiate des communautés :

« Il est temps d’agir par nous-mêmes. Sans investissement local dans la santé sexuelle, nous risquons de voir exploser les taux de grossesses précoces, de mariages forcés et de décès maternels. Les partenaires ne reviendront pas indéfiniment : c’est à nous de prendre en main notre avenir sanitaire. »

Des pistes concrètes pour une santé sexuelle autonome

Pour concrétiser cette vision, Thiombiano propose une approche en trois axes :

  • Sensibiliser et éduquer : informer les populations sur l’importance de contribuer à la mobilisation des ressources locales pour la SSR.
  • Impliquer les leaders communautaires : renforcer la masculinité positive en associant les leaders religieux et traditionnels à la communication et au plaidoyer en faveur de la santé reproductive.
  • Structurer la collecte de fonds locaux : mettre en place des mécanismes de financement communautaire via les collectivités territoriales, avec une gestion transparente et durable des fonds.

Dr Clarisse Bougma, représentante de la directrice de la santé de la famille, a salué les efforts de l’État burkinabè. Entre 2020 et 2025, près de 3,9 milliards de francs CFA ont été investis par le gouvernement dans l’achat de produits contraceptifs. Malgré le désengagement des bailleurs, le ministère de la Santé s’engage à poursuivre ses actions, notamment dans les zones les plus reculées du pays.

Une priorité stratégique pour la souveraineté sanitaire

Pour Boureima Sanga, coordinateur du REMAPSEN Burkina Faso, l’autonomie financière en matière de SSR est un levier essentiel :

« Dans un contexte de crises multiples, il est crucial que les médias soient formés aux mécanismes de financement endogène. Leur rôle est vital pour sensibiliser les populations et renforcer la souveraineté sanitaire du Burkina Faso. »

Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large de plaidoyer et de renforcement des capacités des journalistes, soutenue par le Partenariat de Ouagadougou. Des rencontres régulières sont organisées au niveau national pour promouvoir des solutions locales et durables, adaptées aux réalités du terrain.

En conclusion, le Burkina Faso fait face à un tournant décisif. L’enjeu n’est plus seulement de maintenir, mais de renforcer les droits en santé sexuelle et reproductive, en s’appuyant sur l’intelligence collective et la résilience de ses acteurs locaux. Une démarche qui pourrait inspirer d’autres pays de la région confrontés à des défis similaires.