26 mai 2026

Burkina Voix

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Élections en Afrique : l’union africaine est-elle un arbitre ou un simple spectateur ?

A woman casts her vote on the day of Cameroon's presidential election at a polling station in Garoua, Cameroon, October 12, 2025. REUTERS/Desire Danga Essigue

L’UA restera-t-elle un simple témoin des élections en Afrique ?

Les processus électoraux de 2025 sur le continent africain mettent en lumière une divergence préoccupante entre la multiplication des scrutins et la consolidation démocratique, alors même que l’Union africaine (UA) s’efforce de renforcer ses missions d’observation.

En vertu de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, la Commission de l’UA a pour mission de superviser les élections et de rapporter leur caractère libre, équitable et crédible à la Conférence de l’UA et au Conseil de paix et de sécurité (CPS). Elle est également habilitée à dénoncer les irrégularités et à préconiser des actions correctives.

L’année dernière, 14 nations ont tenu des élections dans des contextes de gouvernance très hétérogènes, faisant l’objet d’une surveillance accrue de l’UA, d’évaluations des besoins et d’un engagement pré-électoral. L’organisation continentale est consciente que les risques électoraux apparaissent bien avant le jour du vote, notamment via l’utilisation de la guerre juridique par les gouvernements, l’éviction de l’opposition et la restriction de l’espace civique.

Les résultats observés démontrent que les élections ne jouent plus un rôle démocratique homogène. Si les systèmes politiques ouverts favorisent une compétition réelle, les régimes plus restrictifs les utilisent pour légitimer la mainmise des dirigeants en place.

Freedom House a d’ailleurs qualifié de « non libres » la majorité des pays africains ayant organisé des élections en 2025. La crédibilité de ces scrutins est souvent mise en doute, tandis que la répression et les coupures d’Internet compliquent la tâche des observateurs de l’UA et d’autres acteurs.

Les élections de l’année passée au Malawi et aux Seychelles ont fait figure d’exception, se distinguant par une véritable compétition politique. Le déroulement apaisé de ces scrutins et l’acceptation des résultats témoignent de systèmes de gouvernance où la crédibilité électorale est ancrée dans le bon fonctionnement des institutions nationales, l’indépendance de la justice et des normes politiques solides.

Dans ces contextes, la qualité des élections reflète une maturation démocratique sur le long terme, indépendante des pressions extérieures ou d’une surveillance continentale. En plus de trois décennies de démocratie multipartite, le Malawi et les Seychelles ont chacun connu deux alternances pacifiques du pouvoir.

Une seconde catégorie d’élections en 2025, bien plus nombreuses, s’est avérée plus tumultueuse. Dans des systèmes à parti dominant comme en Tanzanie, au Cameroun et au Togo, les élections sont devenues des exercices procéduraux et de moins en moins compétitifs. La Tanzanie et le Cameroun ont muselé l’opposition tout en maintenant une façade de légalité. Les élections y sont des outils de maintien au pouvoir pour les élites, plutôt que des mécanismes d’expression de la volonté citoyenne.

En se concentrant sur la forme des scrutins, l’UA évite les sujets sensibles.

Le scrutin de mai 2025 au Togo illustre comment le droit peut être instrumentalisé pour consolider un pouvoir autocratique via une réforme constitutionnelle. En déplaçant le pouvoir exécutif du président vers le Premier ministre et en n’appliquant la limitation des mandats qu’à la présidence, Faure Gnassingbé a pu conserver le pouvoir « légalement », prolongeant ainsi le règne de sa famille qui dure depuis près de 60 ans.

Les deux rapports semestriels de Mahamoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’UA, sur les élections, ainsi que les rapports des observateurs, avaient anticipé la probabilité de tensions et de violences post-électorales dans les systèmes à parti unique. Bien que l’UA ait parfois condamné la répression et encouragé des réformes, comme une meilleure inclusivité en Tanzanie, ses interventions demeurent souvent vagues et sans force contraignante.

Après l’élection en Tanzanie, Mahamoud Ali Youssouf a publié une déclaration avant même la publication du rapport des observateurs de l’UA. Il y félicitait le président sortant, faisant seulement une allusion discrète aux graves manquements qui seraient plus tard détaillés dans le rapport préliminaire des observateurs. Ce dernier, d’une franchise notable, concluait que l’élection « n’était pas conforme aux principes et cadres normatifs de l’UA », la rendant inapte à garantir un processus pacifique et des résultats acceptés.

En privilégiant les aspects procéduraux, comme les heures d’ouverture des bureaux de vote, l’UA élude des questions fondamentales telles que la faible compétitivité politique. Cette approche révèle les failles d’une stratégie axée sur le processus plutôt que sur la substance des résultats. À mesure que l’autoritarisme se légalise par les urnes, le fossé entre les normes de l’UA et les réalités politiques s’élargit.

La Charte électorale interdit aux auteurs de coups d’État de se présenter aux élections.

À l’autre extrémité du spectre démocratique se trouvent les pays ayant subi des coups d’État, où les élections sont présentées comme une étape cruciale vers le retour à l’ordre constitutionnel. Ce fut le cas au Gabon en avril et en Guinée en décembre. Dans les deux cas, l’UA a levé sa suspension après la tenue des scrutins.

Toutefois, ces processus semblent davantage viser à légitimer des prises de pouvoir illégitimes qu’à restaurer la démocratie. L’article 25 de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance stipule clairement que les responsables de changements anticonstitutionnels de gouvernement, y compris les putschistes, ne peuvent pas se présenter aux élections censées rétablir l’ordre constitutionnel.

Les dirigeants militaires dans des pays comme le Burkina Faso, où l’actualité politique et sécuritaire reste un défi majeur, le Niger et le Mali ont maintes fois repoussé les échéances électorales, prolongeant ainsi la « transition ». Les élections y apparaissent moins comme une voie vers la démocratie que comme une tactique pour asseoir leur autorité et obtenir une reconnaissance internationale.

L’Acte constitutif de l’UA, qui autorise la suspension de pays après un coup d’État militaire et leur réintégration après des élections, risque de valoriser la procédure électorale au détriment d’une démocratie authentique. Le second rapport semestriel de Mahamoud Ali Youssouf sur les élections de 2025 le confirme, admettant que les instruments contre les changements anticonstitutionnels de gouvernement manquent souvent de pouvoir dissuasif. Le rapport appelle à de meilleurs mécanismes à tous les niveaux pour contrer ces menaces.

Permettre aux putschistes d’organiser des élections et d’y participer pourrait banaliser les prises de pouvoir par la force. Le rapport de novembre 2025 sur la réforme du cadre de gouvernance de la paix et de la sécurité, présenté par le président kényan William Ruto, a suggéré des sanctions plus lourdes contre les auteurs de coups d’État. Mais la question demeure : les États membres les mettraient-ils en œuvre ?

Se présenter aux élections permet aux auteurs de coups d’état de normaliser leurs prises de pouvoir.

En définitive, les élections de 2025 soulignent un décalage croissant entre les outils de surveillance de l’UA, de plus en plus sophistiqués, et les dynamiques politiques qui façonnent les résultats. Bien que l’UA ait déployé bien plus de missions pré-électorales et d’évaluation qu’en 2024, signe d’un engagement renforcé, ses conclusions et recommandations semblent avoir peu d’impact sur des problèmes de fond comme la montée de l’autoritarisme.

Ces dynamiques ne devraient pas s’inverser en 2026, année où environ 15 pays africains sont appelés aux urnes. La majorité de ces scrutins se tiendront une fois de plus dans des pays classés « non libres », dont près de la moitié sont des régimes autoritaires.

En Ouganda, le rapport préliminaire de l’UA sur les élections de janvier 2026 a déjà fait état de harcèlement, d’arrestations d’opposants, de restrictions à la société civile et de coupures d’Internet. Malgré cela, Mahamoud Ali Youssouf a félicité l’Ouganda, saluant le pays « pour la consolidation de ses acquis démocratiques ».

En dépit de certaines améliorations, les mécanismes électoraux de l’UA restent insuffisants pour contrer l’érosion démocratique, la confinant à un rôle de témoin plutôt que d’arbitre. La tâche de l’organisation est compliquée par le fait que ses États membres s’accordent sur les principes mais divergent dans l’action.

L’UA se contentera-t-elle de l’observation et des recommandations post-électorales, ou saura-t-elle trouver les moyens de promouvoir activement une réforme électorale significative avant, pendant et après les scrutins ? Tel est le défi qu’elle doit relever.