14 mai 2026

Diversifier les sources de financement du Sénégal pour réduire la dette publique

Face à une dette publique alarmante, des experts prônent une stratégie financière audacieuse

Lors d’un séminaire organisé à Dakar, des économistes ont alerté sur l’urgence de repenser la stratégie d’endettement du Sénégal. Avec un taux d’endettement dépassant 130 % du PIB, le pays fait face à une situation financière critique, aggravée par des engagements contractuels non divulgués entre 2019 et 2024. Ces révélations ont relancé le débat sur la nécessité d’une transparence totale et d’une diversification des sources de financement.

Un audit exhaustif pour éclairer les choix

Parmi les propositions phares, les experts recommandent la réalisation d’un audit complet de la dette publique sénégalaise. Cette démarche vise à identifier les responsabilités et à tracer une feuille de route claire pour les négociations à venir. Demba Moussa Dembélé, économiste et président de l’organisation Africaine de recherche et de coopération pour l’appui au développement endogène, insiste sur l’importance de sortir du système d’endettement traditionnel.

Selon lui, le Sénégal doit privilégier des partenariats avec des pays comme la Chine, perçus comme plus respectueux de la souveraineté nationale. « Ces partenaires nous offrent une alternative pour briser le carcan du néocolonialisme financier », déclare-t-il.

Élargir les partenariats au-delà des institutions multilatérales

Ali Zafar, conseiller économique au Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), suggère une approche similaire à celle de la Turquie, qui a su diversifier ses créanciers en se tournant vers l’Arabie saoudite. « Le Sénégal a tout intérêt à explorer des accords bilatéraux avec des pays comme la Chine, dont l’expertise en gestion de la dette est reconnue », explique-t-il.

Il met en garde contre une dépendance excessive envers le Fonds monétaire international (FMI), dont les règles strictes pourraient étouffer les secteurs sociaux essentiels. « Les négociations avec le FMI doivent s’accompagner de contre-propositions fortes pour protéger l’éducation et la santé », souligne-t-il.

Protéger les secteurs sociaux et promouvoir l’indépendance financière

Le conseiller du PNUD va plus loin en proposant la création d’une banque centrale indépendante. Une mesure qui, selon lui, permettrait au Sénégal de mieux contrôler sa politique monétaire et de réduire sa vulnérabilité face aux chocs externes. « Aucun pays asiatique n’accepterait une telle situation de dépendance », rappelle-t-il, insistant sur la nécessité de trouver des solutions souveraines.

Les échanges entre le Sénégal et le FMI se poursuivent, mais les experts restent convaincus que le pays peut s’affranchir de ce modèle en adoptant des stratégies financières innovantes. L’objectif ? Éviter une crise prolongée et garantir un développement durable, sans sacrifier les acquis sociaux.

La balle est désormais dans le camp des autorités sénégalaises, qui devront trancher entre le statu quo et une refonte en profondeur de leur politique d’endettement.