18 juillet 2026

Burkina Voix

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Dette publique gabonaise : un seuil historique à 15 milliards de dollars en 2025

En 2025, la dette publique du Gabon franchit un cap symbolique en atteignant environ 15 milliards de dollars, un niveau inédit pour l’économie de la CEMAC. Cette accumulation reflète une pression accrue sur les finances publiques, marquée par des tensions de trésorerie persistantes et un recours croissant aux marchés financiers régionaux. Libreville se retrouve ainsi face à un défi budgétaire sans précédent, alors que les recettes pétrolières continuent de jouer un rôle central dans l’équilibre des comptes nationaux.

Une dette en hausse : entre seuils communautaires et arbitrages budgétaires

Exprimée en proportion de la richesse nationale, la dette gabonaise frôle désormais le plafond de 70 % du PIB fixé par la CEMAC. Cette situation contraste avec la réputation de rigueur macroéconomique que le pays avait construite dans les années 2000. Plusieurs facteurs expliquent cette dégradation : la chute des prix du pétrole en 2014, la crise sanitaire, et surtout l’explosion du service de la dette intérieure, contractée auprès des banques locales et du marché des titres publics géré par la BEAC. Aujourd’hui, le stock de dette se compose à la fois d’une composante extérieure majoritaire, incluant des eurobonds émis entre 2013 et 2020, et d’une dette domestique en forte expansion. Les émissions répétées de bons du Trésor, bien que nécessaires pour financer les besoins urgents, alourdissent le coût moyen de la dette et pèsent sur le budget de fonctionnement.

La transition économique sous le signe de la rigueur

Depuis son arrivée au pouvoir en août 2023, le général Brice Clotaire Oligui Nguema a placé la restauration des équilibres budgétaires au cœur de sa stratégie. Le CTRI a lancé plusieurs audits ciblés sur la dette intérieure, notamment les créances accumulées auprès des fournisseurs de l’État et des collectivités. L’objectif ? Identifier les dettes contestées et rééchelonner celles jugées légitimes pour dégager des marges de manœuvre budgétaires. Cependant, cette démarche se heurte à des échéances de remboursement pressantes, dont un eurobond en dollars arrivant à maturité dans les prochains mois. En 2024, le Gabon a tenté une opération de gestion de passif sur le marché international, intégrant partiellement un mécanisme de conversion dette-nature, mais sans résoudre l’enjeu structurel. La crédibilité retrouvée auprès des investisseurs passe désormais par une visibilité claire sur la loi de finances et la reprise des discussions avec le FMI.

Les secteurs clés pour un redressement économique

La capacité du Gabon à stabiliser sa situation financière dépend largement de la performance de ses filières d’exportation. Le pétrole, bien que produisant environ 200 000 barils par jour (en léger déclin), reste le socle des recettes budgétaires. Le manganèse, dont le pays est un acteur majeur via Comilog (filiale d’Eramet), gagne en importance face à la demande asiatique. Complétant ce tableau, la filière bois, adossée à la zone économique spéciale de Nkok, apporte une contribution non négligeable. Pour diversifier l’économie, les autorités misent sur des projets d’infrastructures, comme la Transgabonaise et des partenariats hydroélectriques, visant à soutenir une croissance non pétrolière au-delà de 3 % par an. Sans cette impulsion, le risque d’un nouvel abaissement de la note souveraine, déjà entamé par les agences internationales, pourrait se concrétiser.

La feuille de route pour 2026 devra articuler discipline budgétaire, mobilisation de recettes non fiscales et renégociations ciblées du stock de dette. Un exercice d’équilibriste, mais essentiel pour préserver la crédibilité du Gabon sur les marchés financiers, tant régionaux qu’internationaux. En 2025, ce niveau d’endettement représente un signal d’alerte pour la trajectoire économique du pays.