12 juillet 2026

Burkina Voix

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Crise politique au Sénégal : le pastef face à l’épreuve de la cohésion

Un parti au cœur des tensions institutionnelles

Le Sénégal traverse une période politique mouvementée depuis le départ d’Ousmane Sonko de la Primature. Cette décision, suivie d’une profonde recomposition du pouvoir exécutif, a plongé le Pastef-Les Patriotes dans une crise sans précédent. Pour la première fois depuis son accession au pouvoir en 2024, le parti doit faire face à des dissidences internes, des divergences stratégiques entre le président de la République Bassirou Diomaye Faye et le président du parti, ainsi qu’à l’annonce imminente de la création d’un nouveau parti politique autour du chef de l’État.

À première vue, ces tensions pourraient suggérer un affaiblissement du Pastef. Pourtant, une analyse plus approfondie révèle une réalité plus nuancée. La crise actuelle illustre avant tout une redistribution des légitimités au sein du parti, entre d’une part la légitimité légale-rationnelle incarnée par l’exercice du pouvoir institutionnel, et d’autre part la légitimité charismatique, fondée sur la personnalité exceptionnelle d’Ousmane Sonko.

Deux visions du pouvoir en confrontation

Depuis son élection, Bassirou Diomaye Faye tire son autorité de la Constitution et de la fonction présidentielle. Son pouvoir s’appuie sur des institutions solides et une légitimité administrative. En revanche, Ousmane Sonko continue de mobiliser les militants grâce à un capital politique forgé sur plus d’une décennie de lutte. Sa relation avec la base militante repose sur une foi inébranlable dans ses qualités de leader, presque messianique.

Les dissidents justifient leur choix en invoquant la défense du « Projet » politique du Pastef. Certains dénoncent une personnalisation excessive du parti autour de la figure de Sonko, évoquant un fonctionnement peu démocratique et une concentration excessive du pouvoir entre les mains du président du parti. Pour eux, la fidélité à l’idéal du parti primerait sur la fidélité à un homme.

Un ancrage militant qui résiste aux départs

Cependant, cette interprétation se heurte à une réalité tangible : les départs concernent principalement des cadres administratifs ou des responsables ayant accédé à des postes grâce à leur proximité avec Sonko. Peu de ces dissidents disposent d’un ancrage territorial ou d’une base électorale autonome. Leur capital politique reste avant tout institutionnel, tandis que le Pastef conserve une structure militante solide, financée par des milliers de cotisants et présente dans tout le pays.

Les récents événements confirment cette analyse. Le Congrès du 6 juin, qui a renouvelé à l’unanimité la confiance en Ousmane Sonko comme président du parti, ainsi que son investiture populaire du 7 juin à la Dakar Arena, ont démontré la vitalité du mouvement. La mobilisation pour la vente des cartes de membre lancée le 4 juillet a également confirmé l’attachement des militants à la structure. De plus, l’adhésion d’une soixantaine de partis et mouvements politiques au Pastef avant le Congrès souligne sa capacité à fédérer bien au-delà de ses rangs initiaux.

Cette résilience s’explique par la nature même de la légitimité charismatique d’Ousmane Sonko. Dans la typologie de Max Weber, cette forme de légitimité repose sur la croyance des partisans en un leader exceptionnel. Une grande partie des militants du Pastef ne s’identifie pas seulement au parti, mais aussi – voire surtout – à la personne de Sonko. Cette relation rappelle, dans une certaine mesure, celle qui unissait Abdoulaye Wade à une partie de l’électorat du Parti démocratique sénégalais (PDS). Pourtant, l’influence de Sonko va encore plus loin : il a réussi à faire élire des maires en 2022, à porter Bassirou Diomaye Faye à la présidence de la République en 2024, puis à conduire une liste remportant 130 sièges sur 165 à l’Assemblée nationale. Une telle séquence électorale est sans précédent dans l’histoire politique récente du Sénégal.

Quel avenir pour les dissidences ?

Malgré ces éléments, il serait prématuré de minimiser les risques liés à ces dissidences. Une fragmentation d’un parti majoritaire peut, à terme, affecter sa cohésion, son efficacité et sa crédibilité. L’émergence d’un parti présidentiel concurrent pourrait attirer des élus soucieux de préserver leur accès aux ressources de l’État, suivant une logique de transhumance politique observée dans plusieurs systèmes africains. La coexistence de deux centres de légitimité – l’un institutionnel autour du président de la République, l’autre partisan autour du président du Pastef – est susceptible d’alimenter durablement des tensions.

Pourtant, à ce stade, les faits disponibles montrent que la crise touche davantage les élites que les militants. Aucun mouvement massif de départs au niveau des bases locales n’est observé. L’identité politique forte du Pastef, fondée sur le militantisme, le patriotisme économique et la mobilisation populaire, continue de structurer les loyautés partisanes.

Le « Joxogn » de Sonko : un capital politique toujours solide ?

La véritable question qui se pose aujourd’hui est la suivante : le « Joxogn » d’Ousmane Sonko conserve-t-il encore toute sa puissance politique ? Autrement dit, Sonko reste-t-il capable de faire élire des maires, des députés et, demain encore, un président de la République ? La réponse à cette interrogation déterminera non seulement l’avenir du Pastef, mais aussi la recomposition du système partisan sénégalais dans les années à venir.

En définitive, la crise actuelle révèle moins un effondrement du Pastef qu’une confrontation entre deux sources de légitimité : celle, institutionnelle, du président Bassirou Diomaye Faye, et celle, charismatique, d’Ousmane Sonko. L’avenir du parti dépendra de la capacité de chacune de ces légitimités à se transformer en force électorale durable. Une chose est sûre : le Sénégal vit une séquence politique inédite, où les alliances et les ruptures pourraient redessiner durablement le paysage partisan.