15 juillet 2026

Burkina Voix

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Crise de l’eau au Tchad : entre promesses et désillusions

Crise de l’eau au Tchad : entre promesses et désillusions

N’Djamena abrite depuis ce mercredi le Forum africain de l’eau, un événement placé sous la bannière « De la vision à l’action » et organisé en collaboration avec le Groupe de la Banque mondiale. Cette rencontre, qui rassemble chefs d’État, experts et partenaires financiers, vise à accélérer l’accès à l’eau potable sur le continent. Pourtant, au Tchad, où près de 40 % de la population reste privée d’eau salubre, l’espoir suscité par ce forum se heurte à un scepticisme tenace.

Jeune garçon puisant de l'eau dans un puits peu profond creusé dans le lit asséché d'une rivière

Des attentes concrètes pour les Tchadiens

Pour les habitants de N’Djamena, ce forum représente bien plus qu’un rassemblement diplomatique. L’accès à une eau potable de qualité est un enjeu quotidien, surtout pour les femmes, souvent en première ligne pour gérer cette ressource vitale.

« En tant que mère et citoyenne tchadienne, j’attends de ce forum des solutions tangibles. La situation de l’eau est alarmante : beaucoup de Tchadiens boivent une eau impropre, avec des risques sanitaires évidents. Si ce type d’événement peut changer la donne, il faut saisir cette opportunité », confie Eliane, résidente de la capitale.

Les organisateurs misent sur des partenariats entre États, investisseurs et secteur privé pour concrétiser les engagements pris. L’objectif ? Transformer les promesses en projets hydrauliques durables, notamment dans les zones rurales où les besoins sont criants.

Un scepticisme persistant chez les populations

Pourtant, tous ne partagent pas cet optimisme. Certains Tchadiens, interrogés dans les rues de N’Djamena, expriment leur défiance quant à l’efficacité réelle de ce forum. Les précédents événements de ce genre n’ont pas toujours abouti, laissant peu d’espoir aux plus sceptiques.

« On a déjà vu des conférences similaires, mais rien n’a évolué. Pourquoi en serait-il autrement cette fois ? La volonté politique manque cruellement », déplore Richard, enseignant à N’Djamena.

Moussa, commerçant dans le centre-ville, va plus loin : « L’argent dépensé pour organiser ce forum aurait pu servir à creuser des puits ou à moderniser les réseaux. Trop souvent, ces rencontres se terminent par des déclarations sans lendemain ».

Ces témoignages reflètent le fossé entre les ambitions affichées et la réalité vécue par des millions de Tchadiens, en particulier dans les zones reculées où les infrastructures hydrauliques restent quasi inexistantes.

Réfugiés soudanais remplissant des jerricans d'eau dans un camp au Tchad

Des inégalités criantes entre les régions

Si les autorités tchadiennes avancent un taux national d’accès à l’eau potable de 63,5 %, cette moyenne masque d’importantes disparités territoriales. Dans des provinces comme le Guéra, le Wadi Fira ou le Sila, moins de 21 % de la population dispose d’une source d’eau potable.

Dans ces zones, les habitants s’approvisionnent encore dans des marigots ou des points d’eau non traités, avec des conséquences dramatiques sur la santé : maladies hydriques, malnutrition et insécurité alimentaire gagnent du terrain.

Face à cette crise silencieuse, la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) appelle à une mobilisation urgente. « L’accès à l’eau est bien plus qu’un besoin élémentaire : c’est un pilier de la paix, de la stabilité sociale et du développement humain », souligne son président, Belngar Larmé Laguerre.

La CNDH exige des autorités une accélération des investissements dans les infrastructures hydrauliques, l’assainissement et la gestion des ressources en eau. Elle plaide également pour un soutien accru des partenaires internationaux, afin de mettre en place des solutions résilientes face aux aléas climatiques.

Une organisation qui interroge

Un autre point de friction émerge autour de l’organisation de ce forum : sa gestion a été confiée au ministère des Finances, et non à celui de l’Eau. Ce choix, perçu comme inhabituel, soulève des questions sur la cohérence des politiques publiques en matière de gestion de l’eau.

Pour les observateurs, cette décision révèle une gouvernance encore perfectible dans un pays où des millions de citoyens attendent, depuis des années, un accès durable à une eau propre. L’enjeu est de taille : sans actions concrètes, le forum de N’Djamena risque de n’être qu’un nouveau rendez-vous manqué.