Ce dimanche 24 mai 2026 marque un tournant symbolique pour le Mali : voilà exactement cinq ans que le général Assimi Goïta a pris les commandes du pays suite à un coup d’état. Si cette période a été marquée par une volonté de rupture, le constat actuel reste teinté d’inquiétudes majeures, notamment concernant la sécurité et les libertés fondamentales.
Depuis la prise de pouvoir, de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer un rétrécissement de l’espace démocratique. Les restrictions sur la liberté d’expression et le travail des journalistes se sont intensifiées, créant un climat de prudence généralisée au sein de la population malienne.
L’analyse d’Ulf Laessing sur la situation actuelle
Selon Ulf Laessing, qui dirige le programme Sahel de la fondation Konrad Adenauer, la répression a franchi un nouveau palier. S’il est encore possible d’échanger librement dans des cercles restreints et de confiance, la parole publique est devenue risquée. Plusieurs figures critiques ont été contraintes au silence, soit par l’emprisonnement, soit par l’exil, illustrant une fermeté croissante des autorités de transition.
Quelles avancées concrètes la population a-t-elle perçues sous la direction des militaires ?
Dans les premiers temps, une lueur d’espoir était apparue avec une amélioration relative de la sécurité dans certaines zones. La libre circulation sur l’axe menant à Ségou avait permis à des paysans de reprendre le travail de la terre. Cependant, cette embellie a été de courte durée. Aujourd’hui, entre pression démographique galopante, aléas climatiques et insécurité persistante, l’optimisme laisse place à une forme de fatalisme quant à la capacité de tout dirigeant à stabiliser durablement le pays.
L’objectif initial d’en finir avec la menace djihadiste semble encore loin d’être atteint.
Le Jnim et l’organisation État islamique maintiennent une emprise de fait sur de vastes pans du territoire. Reprendre le contrôle total de ces zones semble être un défi herculéen, quel que soit le régime en place. La pacification totale du Mali reste, à ce jour, une perspective incertaine.
Fin avril, le pays a été secoué par des assauts coordonnés menés par des groupes djihadistes et des rebelles touaregs. Cette offensive, d’une ampleur inédite depuis 2012, a frappé les esprits par sa brutalité et son caractère frontal contre l’État. Bien que le pouvoir central ait tenu bon, la perte de certaines localités dans le Nord constitue un revers symbolique fort, d’autant que le soutien des partenaires russes n’a pas empêché cette déstabilisation.
L’isolement et les limites de l’Alliance des États du Sahel
Malgré les discours de solidarité au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), le Mali a semblé bien seul lors des récentes crises militaires. Les mercenaires russes, présents en nombre limité, n’ont pas réussi à inverser la tendance sécuritaire et ont même parfois exacerbé les tensions locales. Quant au Niger et au Burkina Faso, confrontés à leurs propres défis sécuritaires, leurs capacités de soutien concret restent très limitées.
Sur le plan politique, l’unité entre les trois nations de l’AES est réelle, mais elle se heurte à la réalité économique de pays figurant parmi les plus pauvres au monde. Cette coopération, bien que portée par une idéologie commune, manque de moyens financiers et logistiques pour transformer les déclarations d’intention en actions de défense mutuelle efficaces.
Vers une issue par le dialogue ?
Une lueur d’espoir réside dans le fait que la majorité des Maliens rejette l’extrémisme religieux. Cette opposition à l’instauration d’une charia stricte pourrait, à terme, ouvrir la voie à des négociations avec les éléments les plus modérés des groupes armés. L’enjeu pour ces groupes n’est pas nécessairement de renverser Bamako, mais de sécuriser le contrôle de ressources locales tout en imposant une certaine vision religieuse.
L’exemple de la Mauritanie, qui a su combiner fermeté militaire et compromis sociétaux, est souvent cité comme une piste possible. Au Mali, la pression pour entamer des discussions commence à se faire sentir, car la solution purement militaire montre ses limites.
Un soutien populaire dicté par l’absence d’alternative
Malgré les difficultés quotidiennes et le coût de la vie qui s’envole, le gouvernement de transition conserve un socle de soutien. Ce n’est pas tant une adhésion totale qu’un rejet des options concurrentes : la population ne souhaite ni le retour des anciennes élites politiques perçues comme corrompues, ni l’arrivée au pouvoir des mouvements djihadistes.
La jeunesse malienne, très active sur les réseaux sociaux et souvent déconnectée des influences occidentales, reste sensible aux discours de souveraineté. En l’absence de manifestations massives lors des crises récentes, il semble que la résignation et l’attente d’une amélioration concrète maintiennent le statu quo politique actuel à Bamako.
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