26 mai 2026

Burkina Voix

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CAN 2025 : le Sénégal exige une enquête internationale pour des soupçons de corruption après le retrait de son titre

Une controverse majeure secoue le football africain. Suite à une requête de la Fédération marocaine de football, la Confédération africaine de football (CAF) a pris une décision inattendue mardi soir : attribuer le titre de la 35e édition de la Coupe d’Afrique des Nations au Maroc. Cette attribution survient bien que le Sénégal ait remporté la finale contre le Maroc sur un score de 1-0 le 18 janvier dernier. En réaction, la fédération sénégalaise a annoncé son intention de faire appel, et le gouvernement sénégalais a fermement réclamé une enquête internationale, invoquant des « soupçons de corruption au sein des instances dirigeantes de la CAF ».

Les réactions des médias européens et africains sont unanimes : la décision de la Confédération africaine de Football (CAF) est accueillie avec stupeur, qualifiée de « pas le 1er avril » ou de « blague du siècle ». Le jury d’appel de la CAF a, deux mois après une finale mouvementée, retiré le titre remporté par le Sénégal en Coupe d’Afrique des Nations pour le réattribuer au Maroc. Un communiqué diffusé mardi par l’instance, saisie par la Fédération marocaine, a officialisé la « déclaration de forfait de l’équipe nationale du Sénégal lors de la finale », transformant leur victoire 1-0 (après prolongation) en un score homologué de 3-0 en faveur du Maroc.

La fédération sénégalaise a immédiatement annoncé son intention de faire appel, tandis que le gouvernement sénégalais, par la voix de sa porte-parole Marie Rose Khady Fatou Faye, a réclamé mercredi une enquête internationale pour « soupçons de corruption au sein des instances dirigeantes de la CAF ». Madame Faye a souligné que « le Sénégal rejette sans ambiguïté cette tentative de dépossession injustifiée ».

Les articles 82 et 84 du règlement de la Coupe d’Afrique des Nations

Par ailleurs, la fédération sénégalaise a qualifié cette décision d’« inique, sans précédent et inacceptable, qui jette le discrédit sur le football africain ». Elle a également confirmé qu’elle engagerait « une procédure d’appel devant le Tribunal arbitral du sport » (TAS) à Lausanne, en Suisse, « dans les plus brefs délais ».

Interrogé par le quotidien sénégalais Le Soleil, Abdoulaye Sow, secrétaire général de la FSF, a affirmé que le trophée ne serait pas rendu au Maroc. Il a déclaré : « La CAF est pourrie, les réactions dans le monde après cette décision confirment une indignation totale… Le président de la FSF discute avec toutes les personnes concernées. Le combat est loin d’être perdu. Je veux rassurer tous les Sénégalais. Le Sénégal a le droit et la victoire avec lui. La coupe ne quittera pas le pays. »

Revenons sur les événements du 18 janvier. En temps additionnel de la seconde période d’une finale de la Coupe d’Afrique des Nations qui n’avait pas encore trouvé son vainqueur, Marocains et Sénégalais étaient à égalité. Contre toute attente, le Maroc obtient un pénalty pour une faute jugée discutable de Diouf sur Brahim Diaz. Cette décision arbitrale a provoqué la colère des joueurs sénégalais, qui reprochaient à l’arbitre d’avoir précédemment ignoré un pénalty en leur faveur dans la surface adverse.

Sans hésiter, leur sélectionneur, Pape Thiaw, a demandé à ses joueurs de quitter la pelouse du stade Prince Moulay Abdellah de Rabat. Dans la confusion générale, marquée par des échauffourées en tribune où des supporters sénégalais lançaient des projectiles et tentaient d’envahir le terrain, seul Sadio Mané est resté sur le terrain. Finalement, après une interruption de 15 minutes, le match a repris dans un chaos palpable. Brahim Diaz s’est présenté pour le pénalty mais a complètement raté sa tentative de Panenka. La suite est désormais connue : Pape Gueye a offert au Sénégal le titre de champion d’Afrique d’une magnifique frappe du pied gauche.

Depuis, soit près de deux mois, le silence a prévalu, jusqu’à ce coup de tonnerre annonçant, après la victoire sur le terrain, la défaite administrative du Sénégal.

Mardi soir, alors que le PSG se qualifiait pour les quarts de finale de la Champions League, la CAF, réunie en conciliabule, a pris la décision de déclarer l’équipe nationale du Sénégal forfait. Le communiqué précisait : « Le jury d’appel de la CAF, en application de l’article 84 du règlement de la CAN, déclare l’équipe nationale du Sénégal forfait lors de la finale de la CAN 2025, le résultat étant homologué sur le score de 3-0 en faveur de la Fédération Royale Marocaine de football. »

Cet article 84, qui définit la sanction, s’appuie sur l’infraction mentionnée à l’article 82. Celui-ci stipule que « si, pour n’importe quelle raison, une équipe quitte le terrain avant la fin réglementaire du match sans l’autorisation de l’arbitre, elle sera considérée comme perdante et sera définitivement éliminée de la compétition en cours ».

Un précédent : l’affaire Wydad Casablanca

Dans un communiqué, la fédération marocaine de football, tout en « prenant acte de la décision » favorable aux Lions de l’Atlas, a précisé que « sa démarche n’avait jamais eu pour objet de contester la performance sportive des équipes engagées dans cette compétition, mais uniquement de demander l’application du règlement de la compétition ».

Une source proche de la Fédération marocaine a rappelé à l’AFP qu’un cas similaire avait eu lieu lors d’une autre compétition africaine. En 2019, l’Espérance Sportive de Tunis avait été déclarée vainqueur de la Ligue des champions de la CAF, trois mois après que les joueurs du Wydad Casablanca eurent quitté le terrain pendant la finale, pour protester contre une défaillance du système VAR.

Fin janvier, le jury disciplinaire de la Confédération africaine de football (CAF), sans remettre en question le résultat final du match, avait néanmoins infligé une série de sanctions disciplinaires, incluant des amendes de plusieurs centaines de milliers d’euros, aux fédérations des deux pays pour comportements antisportifs et non-respect des principes du fair-play. Par ailleurs, le procès en appel de 18 supporters sénégalais, emprisonnés depuis la finale et condamnés à des peines allant de trois mois à un an de prison pour « hooliganisme », initialement prévu lundi, a été reporté au 30 mars.