Grâce à une surveillance rigoureuse des pensions d’invalidité et de réversion, l’État du Cameroun parvient désormais à économiser environ 12 milliards de FCFA chaque année. Ce processus, initié en novembre 2021, met en lumière l’ampleur des irrégularités qui pesaient sur les finances publiques. Cette initiative s’inscrit dans une démarche globale visant à purifier le fichier solde et à stopper les versements injustifiés de rémunérations et de prestations sociales.
Une lutte frontale contre les bénéficiaires fictifs
Le point de départ de cette vaste opération remonte au début de l’année 2020. À cette époque, le ministère des Finances avait identifié une liste de 7 855 anciens fonctionnaires soupçonnés de percevoir des pensions de manière illégitime. L’absence d’actes administratifs valides pour ces dossiers a conduit à une vérification approfondie des documents et à une confrontation systématique des bases de données.
Les contrôles ciblent particulièrement deux types de prestations : la pension d’invalidité, destinée aux agents inaptes, et la pension de réversion, versée aux ayants droit d’un agent décédé. Bien que légitimes, ces dispositifs sont vulnérables à la fraude en l’absence d’un état civil fiable. L’objectif est donc de confirmer l’existence réelle des bénéficiaires et de radier les personnes décédées ou les profils fictifs, générant ainsi un gain immédiat pour le Trésor public.
Une gestion plus stricte des dépenses de personnel
Cette traque aux pensions indues n’est qu’un volet d’une stratégie plus vaste de maîtrise de la masse salariale. Le gouvernement camerounais, sous l’impulsion du ministre Louis Paul Motaze, a déjà mis en place le Comptage physique des personnels de l’État (Coppe). Ce recensement a permis d’économiser près de 30 milliards de FCFA par an en éliminant les agents fantômes des registres de la fonction publique.
Aujourd’hui, un nouveau chantier s’ouvre avec l’audit des allocations familiales versées aux agents publics. L’idée reste la même : identifier les paiements sans fondement légal pour assainir durablement le fichier solde. Cette fiabilisation est jugée cruciale pour établir des prévisions budgétaires sérieuses et dégager des marges de manœuvre financière.
Des enjeux budgétaires et sociaux majeurs
Dans un contexte économique marqué par une forte pression sur les recettes et un endettement croissant, la réduction des dépenses de fonctionnement est devenue une priorité pour Yaoundé. Ces économies permettent de réallouer des fonds vers l’investissement public, tout en répondant aux exigences de transparence des partenaires internationaux comme le Fonds monétaire international (FMI).
Toutefois, cet assainissement ne va pas sans heurts. La suppression de prestations, même injustifiées, peut entraîner des tensions sociales et des litiges juridiques complexes. Pour réussir, la réforme doit donc s’appuyer sur une sécurisation juridique solide du fichier solde. À terme, la combinaison de ces différents contrôles pourrait rapporter plusieurs dizaines de milliards de FCFA à l’État, à condition de maintenir cette rigueur sur le long terme.
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