19 juillet 2026

Burkina Voix

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Cameroun : la BAD intensifie ses engagements malgré les défis de décaissement

Le partenariat entre la Banque africaine de développement (BAD) et le Cameroun révèle une nette progression des volumes de fonds approuvés, mais fait face à des difficultés persistantes concernant l’utilisation effective de ces ressources. Depuis le début du Document de stratégie pays (DSP) 2023-2028, l’institution panafricaine a validé huit nouvelles opérations en faveur de Yaoundé, totalisant 833,8 milliards de FCFA. Ce montant représente 67,9 % de l’enveloppe indicative initiale, fixée à 1 227,5 milliards de FCFA sur cette période. Ces informations ont été publiées par la Banque le 17 juillet 2026, suite à une revue conjointe organisée trois jours auparavant dans la capitale camerounaise.

L’accélération des engagements est indéniable. La BAD chiffre désormais ses promesses de financement globales pour le Cameroun à 1 603,6 milliards de FCFA en 2026, contre 1 226,2 milliards au démarrage du DSP. Cette progression atteint 377,4 milliards de FCFA, soit près de 31 %. Parallèlement, la capacité annuelle d’accès du pays aux ressources du guichet souverain a bondi de 57,1 %, passant de 273,3 à 429,4 milliards de FCFA. Ces chiffres témoignent d’une confiance renouvelée de la part du bailleur multilatéral envers la solidité financière du Cameroun.

Un rythme de décaissement bloqué à 26 %

Malgré ces engagements importants, la conversion de ces fonds en dépenses réelles demeure un défi majeur. L’ensemble du portefeuille actif, évalué à 1 629,2 milliards de FCFA lors de la revue conjointe du 14 juillet 2026, n’affiche qu’un taux cumulé de décaissement de 26 %. Ce ratio couvre aussi bien les opérations antérieures au DSP que celles approuvées depuis 2023. Il ne signifie donc pas que seulement 26 % des 833,8 milliards nouvellement validés ont été mobilisés, mais il illustre la difficulté structurelle du pays à absorber efficacement les financements disponibles.

Les causes identifiées lors de cette revue sont récurrentes. On note des retards dans la signature et l’entrée en vigueur des accords de financement, une programmation insuffisante des fonds de contrepartie à la charge du Trésor public, et des délais dans la transmission des rapports d’audit au bailleur. Ces frictions ralentissent chaque étape du cycle de vie des projets, de leur approbation à leur exécution concrète : satisfaction des conditions préalables, passation des marchés, mobilisation des entreprises et versement des différentes tranches.

Transports et énergie, piliers des financements

Une analyse sectorielle du portefeuille confirme une concentration significative sur les infrastructures lourdes. Le secteur des transports absorbe 53,83 % des ressources mobilisées, suivi par l’énergie qui capte 22,32 %. L’agriculture représente 10,8 % et le secteur social 9,19 %. Rapportées à la valeur totale du portefeuille actif, ces proportions correspondent à environ 877 milliards de FCFA pour les transports et 364 milliards pour l’énergie. À eux deux, ces segments monopolisent plus des trois quarts de l’exposition de la Banque au Cameroun.

Le ministère de l’Économie met en avant plusieurs réalisations concrètes issues de ce partenariat : plus de 570 kilomètres de routes, la centrale hydroélectrique de Nachtigal et ses 420 MW de puissance installée, ainsi que la distribution de plus de 133 000 tonnes d’engrais et de semences améliorées. Les opérations actuellement en cours d’exécution devraient générer plus de 14 500 emplois directs, avec une attention particulière portée aux jeunes et aux femmes. Ces projections restent toutefois conditionnées au démarrage effectif des chantiers.

Diminution des projets en alerte rouge

Un indicateur témoigne d’une évolution positive. La proportion de projets classés en alerte rouge, c’est-à-dire ceux dont le calendrier ou les objectifs sont menacés, a chuté de 48 % fin février à 26 % à la mi-juillet 2026. Cette réduction de 22 points rapproche le portefeuille camerounais de la cible institutionnelle de 25 % fixée par la BAD. Cette amélioration reflète les premiers effets du plan d’accélération adopté conjointement en février, qui inclut des contrats de performance, des revues sectorielles mensuelles et un traitement prioritaire des opérations signées mais sans décaissement depuis plus de quinze mois.

« Nous devons passer d’une logique de procédures à une culture de résultats », avait précédemment souligné Léandre Bassolé, directeur général de la BAD pour l’Afrique centrale. À l’issue de la revue de juillet, le responsable a insisté sur le rôle crucial attendu du secteur privé dans la transformation économique du Cameroun. Avec près de 68 % du programme indicatif déjà validé, la performance de ce partenariat se jouera moins sur le volume des nouvelles annonces que sur la rapidité d’exécution : la réduction des délais administratifs, la sécurisation des contreparties nationales, la fluidification de la passation des marchés et le respect des obligations d’audit. La livraison effective des infrastructures sera le facteur déterminant pour la seconde moitié du DSP.