16 juillet 2026

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Caisse des dépôts Cameroun : un outil clé pour financer les infrastructures

Économie

Caisse des Dépôts Cameroun : un outil stratégique pour le financement des infrastructures

Avec la baisse progressive des financements extérieurs traditionnels, le Cameroun mise sur une solution endogène : la Caisse des Dépôts et Consignations. Depuis son opérationnalisation en 2023, cette institution publique transforme l’épargne intérieure en un levier puissant pour soutenir les grands projets infrastructurels du pays.

Face à la raréfaction des prêts concessionnels et des aides publiques, le Cameroun a choisi de miser sur ses propres ressources. La Caisse des Dépôts et Consignations (CDEC), créée par la loi de 2008 mais opérationnelle depuis janvier 2023, incarne cette stratégie. Selon l’économiste Patrick Duprix Anicet Mani, « cette institution permet de mobiliser l’épargne intérieure, publique et privée, pour financer des infrastructures durables dans un contexte où les financements extérieurs deviennent plus coûteux et moins accessibles ».

Un modèle inspiré de la France, adapté aux réalités camerounaises

La CDEC s’inspire directement du modèle français de la Caisse des Dépôts, un outil historique qui a démontré son efficacité depuis des siècles. Son principe repose sur trois piliers :

  • La centralisation de l’épargne réglementée : elle collecte des fonds comme ceux des livrets réglementés, des comptes inactifs ou des fonds notariaux. Ces ressources, autrefois dormantes, sont désormais orientées vers des projets à long terme.
  • La transformation des dépôts en investissements : en adossant ses opérations à la garantie de l’État, la CDEC peut prêter sur des durées longues, ce qui est essentiel pour le financement d’infrastructures.
  • Un effet de levier économique : chaque franc centralisé permet de financer des projets structurants, comme le logement social, la rénovation urbaine ou les réseaux numériques.

En reproduisant cette architecture, le Cameroun mise sur un outil capable de catalyser son développement sans dépendre exclusivement de l’extérieur.

Une dynamique déjà en marche, mais des défis persistent

Depuis son lancement, la CDEC a déjà permis de centraliser plus de 151 milliards de FCFA (environ 260 millions de dollars) en trois ans, selon les déclarations de son directeur général, Richard Evina Obam. Ce montant, bien que significatif, reste inférieur aux estimations initiales qui tablaient sur plus de 1 000 milliards de FCFA en déshérence dans le système bancaire.

Cette montée en puissance s’appuie sur un cadre juridique solide : la loi de 2008 et son décret d’application de 2011 définissent quatre sources de financement pour la CDEC :

  • Les dépôts : fonds de notaires, comptes bancaires inactifs.
  • Les consignations administratives : cautionnements liés aux marchés publics.
  • Les consignations judiciaires : fonds liés aux mises en liberté ou aux règlements judiciaires.
  • Une quatrième catégorie assimilée : ressources complémentaires identifiées par la loi.

Un décret du Premier ministre, daté du 1er décembre 2023, a renforcé cette dynamique en imposant aux banques, assurances et notaires un transfert obligatoire des fonds consignés, sous peine de sanctions financières. Cette mesure coercitive vise à sécuriser la collecte et à accélérer la disponibilité des ressources.

Vers une filiale bancaire dédiée : un tournant décisif

L’ambition de la CDEC dépasse la simple collecte. Une étude de faisabilité pour la création d’une filiale bancaire dédiée a été lancée en février 2025. Cette structure aura pour mission de :

  • Financer les infrastructures : elle accompagnera l’État, les collectivités territoriales et les entreprises dans la levée de fonds pour des projets stratégiques.
  • Soutenir les PME : elle facilitera leur participation aux appels d’offres publics et à la commande publique.
  • Développer des produits financiers adaptés : prêts à long terme, garanties, crédit-bail, et même accompagnement pour les introductions en bourse.

Cette filiale marquera le passage d’une logique de collecte à une logique d’investissement structurant, à l’image de la Banque des Territoires en France.

Domaines prioritaires : logement, numérique, transports et collectivités

Les champs d’application de la CDEC sont vastes et stratégiques pour le Cameroun :

  • Logement social : financement du programme des 10 000 logements, sur le modèle des HLM en France.
  • Infrastructures urbaines : voirie, assainissement des grandes villes comme Yaoundé et Douala.
  • Numérique : extension de la couverture haut débit en dehors des métropoles.
  • Collectivités territoriales : financement des projets locaux dans le cadre de la décentralisation.
  • Transports : développement des corridors routiers, du port de Kribi et du réseau ferroviaire.

Conditions de succès : transparence et expertise

Malgré ce potentiel, des obstacles doivent être surmontés pour garantir la réussite de la CDEC :

  • La collecte effective des fonds : certaines institutions financières traînent encore pour transférer les sommes dues, malgré les obligations légales.
  • La transparence et la gouvernance : la crédibilité de l’institution est essentielle pour attirer davantage d’épargne volontaire.
  • L’expertise en ingénierie financière : financer des infrastructures exige des compétences pointues en montage de projets, évaluation des risques et structuration de garanties.
  • La coordination avec les autres bailleurs : pour éviter les doublons et maximiser l’impact, la CDEC doit travailler en synergie avec les bailleurs multilatéraux, les institutions publiques et les partenaires privés.

En conclusion, la CDEC camerounaise dispose désormais des fondations nécessaires pour devenir un acteur clé du financement des infrastructures. Son succès dépendra de sa capacité à transformer l’épargne réglementée en investissements productifs, tout en consolidant sa crédibilité et son expertise. Avec la création annoncée de sa filiale bancaire, elle pourrait bien incarner la réponse endogène dont le Cameroun a besoin pour concrétiser ses ambitions économiques.

Caisse des Dépôts