28 avril 2026

Burkina Faso : les autorités musèlent la société civile par la dissolution d’ong

Le Burkina Faso traverse une période critique pour ses libertés fondamentales. Depuis l’annonce de la dissolution de 118 ONG et associations, les voix critiques s’élèvent contre une stratégie gouvernementale jugée répressive. Ousmane Diallo, chercheur senior sur le Sahel pour Amnesty International en Afrique de l’Ouest et centrale, alerte sur les conséquences de cette décision.

« Cette mesure constitue une violation grave du droit fondamental à la liberté d’association, pourtant protégé par la Constitution burkinabè. Les récentes modifications législatives n’ont jamais remis en cause ce principe essentiel, qui reste un pilier de l’État de droit », souligne-t-il.

L’expert met également en lumière l’incompatibilité de cette dissolution avec les engagements internationaux du Burkina Faso. Le pays, signataire de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples ainsi que du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, se trouve en porte-à-faux avec ses obligations en matière de droits humains.

Cette vague de dissolutions s’inscrit dans une logique plus large : étouffer toute opposition par des mesures coercitives et des pressions systémiques.

Ousmane Diallo, chercheur senior sur le Sahel pour Amnesty International

Pour Ousmane Diallo, les organisations de la société civile sont indispensables au respect des droits humains et à la stabilité démocratique. Leur dissolution expose les militants et défenseurs à des risques accrus, notamment via des lois abusives, des intimidations ou des détentions arbitraires.

« Les autorités doivent impérativement revenir sur cette décision et garantir aux acteurs de la société civile la possibilité d’agir en toute sérénité, sans craindre des représailles. Il est urgent de restaurer un espace civique ouvert et conforme aux normes internationales », insiste-t-il.

Les associations dissoutes ne sont pas les seules cibles : depuis janvier 2026, tous les partis politiques ont également été interdits après une suspension de trois ans. Cette escalade répressive s’accompagne d’autres mesures controversées, comme le décret de novembre 2025 obligeant les ONG à centraliser leurs fonds dans une banque publique. Une décision susceptible de faciliter le gel arbitraire des ressources et la surveillance financière des organisations indépendantes.

Un contexte politique sous haute tension

Le Burkina Faso est dirigé par une junte militaire depuis deux coups d’État survenus en janvier et septembre 2022. La transition, initialement prévue pour juillet 2024, a été prolongée de cinq ans en mai 2024, prolongeant ainsi une période d’incertitude politique et institutionnelle.

Ces bouleversements s’accompagnent d’une restriction croissante des libertés, illustrée par la dissolution massive d’ONG et d’associations. Une stratégie qui, selon les observateurs, vise à contrôler l’espace public et à limiter toute contestation.