Pour contrer la fragilité de leurs approvisionnements extérieurs, le Bénin et le Togo intensifient leur coopération politique. Cotonou et Lomé ont choisi de mutualiser leurs ressources et leurs investissements afin de garantir une véritable autonomie électrique, indispensable au développement de leurs pôles industriels respectifs.
L’incident survenu en avril dernier à la sous-station ghanéenne d’Akosombo, privant subitement la région de 1 000 mégawatts, a mis en lumière une réalité implacable : en période de tension, chaque nation privilégie ses propres besoins. Cette situation s’ajoute aux défaillances récurrentes du Gazoduc ouest-africain, qui ont déjà forcé le Togo à mobiliser des fonds d’urgence massifs pour compenser l’absence de gaz nigérian. Ce constat de vulnérabilité souligne les limites de la Communauté Électrique du Bénin (CEB), dont le rôle se borne au transport sans réelle capacité de production propre.
Le projet d’Adjarala, moteur de l’essor industriel
La réponse à ce défi est désormais portée au plus haut niveau politique avec la relance du projet de barrage d’Adjarala sur le fleuve Mono. Ce chantier, évalué à 266 milliards de FCFA, devrait fournir une puissance de 147 mégawatts. Au-delà de l’électricité, il permettra l’irrigation de près de 15 000 hectares de terres agricoles au Togo. Cet investissement est crucial pour les zones économiques spéciales, telles que Glo-Djigbé au Bénin et Adétikopé au Togo. Ces plateformes industrielles, dédiées à la transformation du coton et du cajou, ne peuvent plus rester tributaires des aléas énergétiques régionaux.
Une stratégie de financement basée sur l’épargne locale
Face au désengagement des bailleurs internationaux pour certains projets énergétiques, les deux pays innovent dans leur mode de financement. L’idée est de solliciter l’épargne locale à long terme, notamment via les Caisses Nationales de Sécurité Sociale (CNSS) et les compagnies d’assurances. En transformant ces réserves en obligations énergétiques communes garanties par les États, le Bénin et le Togo créent un levier puissant pour bâtir leurs infrastructures.
Une convergence politique sans précédent
Le récent déplacement officiel à Lomé de Romuald Wadagni, le 3 juin 2026, marque une étape majeure dans cette dynamique. Les deux nations affichent une volonté claire d’interconnecter leurs infrastructures. Le Bénin projette d’intégrer 100 mégawatts tous les deux ans, tandis que le Togo ambitionne l’accès universel à l’électricité d’ici 2030. Cet alignement stratégique offre une opportunité historique pour concrétiser enfin la souveraineté énergétique de l’axe Cotonou–Lomé.
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