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Un pays sous tension : la promesse de sécurité qui se heurte à la réalité

En septembre 2022, le capitaine Ibrahim Traoré renversait le pouvoir en place à Ouagadougou, promettant de redonner au Burkina Faso sa souveraineté et de mettre fin à l’emprise des groupes armés. Quatre ans plus tard, malgré des discours triomphalistes sur la reconquête sécuritaire, le pays reste englué dans une crise profonde. Les attaques des djihadistes n’ont pas cessé, les déplacements de populations battent des records et les libertés fondamentales s’effritent jour après jour. Le coût humain de cette transition forcée pèse désormais sur l’économie, les familles et les institutions.

La lutte contre le terrorisme, une bataille loin d’être gagnée

Dès son arrivée au pouvoir, Ibrahim Traoré a fait de la lutte contre les groupes armés sa priorité absolue. Le gouvernement a considérablement renforcé les forces armées locales en y intégrant des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), des civils mobilisés pour épauler l’armée. Officiellement, des zones entières ont été « libérées » de l’emprise djihadiste, et les capacités militaires burkinabè auraient été dopées grâce à cette mobilisation citoyenne.

Pourtant, les chiffres racontent une autre histoire. Selon ACLED, les attaques contre les civils et les forces de sécurité n’ont pas diminué. Les groupes armés conservent une influence majeure dans plusieurs régions, notamment dans le nord et l’est du pays, où les exactions et les menaces persistent. La violence, loin de reculer, s’est même intensifiée dans certaines zones, transformant des millions de Burkinabè en témoins impuissants d’une guerre qui ne finit pas.

Des zones reconquises, mais des vies brisées

Le paradoxe est cruel : l’État affirme reprendre le contrôle territorial, mais les populations qui rentrent dans ces zones libérées ne bénéficient d’aucune sécurité durable. Les groupes armés, bien que affaiblis dans certaines régions, conservent la capacité de frappe et n’hésitent pas à cibler les villages, les marchés et les convois humanitaires. Le résultat ? Une méfiance généralisée envers les autorités, accusées de sacrifier la protection des civils sur l’autel d’une victoire militaire annoncée.

Plus de deux millions de déplacés : l’errance des Burkinabè

Le drame des populations déplacées illustre l’ampleur de la crise. Fin 2025, plus de 2,06 millions de Burkinabè vivaient en exil intérieur, fuyant les combats ou les représailles. Ce chiffre, issu des données du HCR, dépasse largement celui de nombreux conflits africains. Les raisons de ces déplacements sont multiples : attaques djihadistes, mais aussi violences commises par les forces gouvernementales ou les VDP, souvent accusées de sommaires exécutions ciblées.

Human Rights Watch a documenté des cas où des civils, soupçonnés à tort de collaborer avec les djihadistes, ont été la cible d’exactions pouvant aller jusqu’au massacre. Entre 2023 et 2025, l’organisation recense au moins 1 800 civils morts dans de telles conditions, un bilan qui pèse lourdement sur la crédibilité de l’État et son discours de protection.

Un quotidien fait d’exclusions et de violences

Pour ces déplacés, la vie n’est qu’une succession de camps de fortune, où l’accès à l’eau, à la nourriture ou aux soins relève du parcours du combattant. Les infrastructures éducatives et sanitaires, déjà fragiles avant la crise, sont aujourd’hui en ruine. Les enfants, privés d’école, représentent des proies faciles pour les recruteurs des groupes armés ou les réseaux criminels. Quant aux adultes, ils survivent avec des moyens de fortune, souvent réduits à l’assistance humanitaire. La détérioration des conditions socio-économiques aggrave les tensions intercommunautaires, alimentant un cycle de violences difficile à briser.

La presse, première victime d’un espace civique en voie de disparition

Alors que le pays sombre dans l’insécurité, la liberté de la presse devient un luxe que le régime ne peut plus tolérer. Les autorités justifient les restrictions par la nécessité de « protéger la nation » et de « préserver le moral des troupes ». Pourtant, les chiffres sont accablants : des journalistes arrêtés arbitrairement, des médias censurés, des professionnels de l’information réquisitionnés sous la contrainte pour rejoindre l’armée.

En octobre 2025 seulement, huit journalistes ont été convoqués par les services de sécurité pour des interrogatoires prolongés. Parmi eux, Atiana Serge Oulon, directeur de L’Événement, reste une figure symbolique de cette répression. Enlevé en juin 2024 et présenté comme un « volontaire pour la défense », son cas a été démenti par des enquêtes ultérieures, révélant qu’il aurait été détenu secrètement à Ouagadougou sans possibilité de recours juridique.

Des enrôlements forcés, une nouvelle forme de répression ?

L’enrôlement forcé de civils, qu’ils soient journalistes, militants, opposants ou magistrats, s’est généralisé. Human Rights Watch évoque des dizaines de cas où des individus critiques du pouvoir ont été contraints de servir au front, sous peine de représailles. Cette pratique, officiellement présentée comme une mobilisation nationale, ressemble de plus en plus à une sanction politique déguisée.

Pour les organisations de défense des droits, elle pose une question cruciale : où s’arrête la légitimité d’un État en guerre lorsque ses méthodes bafouent les droits les plus fondamentaux ? En l’absence de garanties légales et de recours, ces enrôlements deviennent une arme redoutable contre toute voix discordante.

Souveraineté affichée, droits humains sacrifiés : le paradoxe Traoré

Sur la scène internationale, Ibrahim Traoré cultive une image de leader souverain, rompant avec les alliances historiques du Burkina Faso. La rupture avec la France, le rapprochement avec la Russie et l’adhésion à l’Alliance des États du Sahel marquent une volonté d’autonomie stratégique. Le gouvernement met en avant des projets miniers locaux et une industrialisation naissante, censée réduire la dépendance aux partenariats étrangers.

Pourtant, cette quête de souveraineté s’accompagne d’un durcissement autoritaire. Opposants, défenseurs des droits humains et journalistes font les frais de cette politique. Arrestations arbitraires, détentions prolongées sans procès, exil forcé : les méthodes utilisées rappellent celles des régimes les plus répressifs du continent. Le résultat ? Une société civile muselée, où la peur remplace progressivement l’engagement citoyen.

Quatre ans plus tard : reconquête ou impasse ?

Que retenir de ces quatre années de pouvoir Traoré ? D’un côté, une armée burkinabè plus structurée et une mobilisation civile inédite. De l’autre, un bilan humain catastrophique : des milliers de morts, des millions de déplacés, une presse asphyxiée et une justice sous contrôle. La « reconquête » territoriale promise par le pouvoir se heurte à une réalité implacable : une paix durable ne peut s’édifier sur des ruines humaines.

À l’heure où le Burkina Faso tente de se relever, une question persiste : jusqu’où l’État est-il prêt à aller pour gagner cette guerre ? Et surtout, quel prix les Burkinabè paieront-ils, demain, pour cette « victoire » ?

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