25 août 2026

Burkina Voix

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Algérie : une offensive diplomatique pour contrer l’influence marocaine au Sahel

Avec le Mali et le Niger, Alger multiplie les initiatives pour renforcer sa présence face à l’expansion marocaine dans la région. Rétablissement des relations diplomatiques, livraisons militaires et partenariats énergétiques : la stratégie algérienne prend forme, mais reste marquée par la rivalité avec Rabat.

Rétablissement des liens avec Bamako : un tournant diplomatique

Après quinze mois de tensions sans précédent, l’Algérie a choisi de tourner la page avec son voisin malien. Le 10 juillet, le président Abdelmadjid Tebboune a ordonné le retour de l’ambassadeur algérien à Bamako, tandis que les autorités maliennes annonçaient simultanément la réouverture de leur espace aérien aux appareils algériens. Une normalisation qui s’est accélérée début août, lorsque le Premier ministre malien, Abdoulaye Maïga, a évoqué une «convergence totale de vues» avec Alger, notamment sur le «respect de la souveraineté et la non-ingérence».

Ce rapprochement dépasse le cadre bilatéral : le Mali, pilier de l’Alliance des États du Sahel (AES), incarnait jusqu’alors l’effritement de l’influence algérienne. Sa réintégration dans le giron algérien marque une volonté claire de reconstruire une position régionale perdue.

Niger : une coopération militaire et énergétique renforcée

Le mouvement s’est intensifié au Niger, où Alger a franchi un cap décisif. Le 9 août, quatre hélicoptères militaires (deux Mi-24V et deux Mi-171) ont été livrés aux forces nigériennes, accompagnés d’équipements logistiques. Peu après, le Premier ministre algérien s’est rendu à Niamey pour lancer le forage du puits Kafra Sud-Est 1, tandis que Sonatrach et la Sonidep concrétisaient leur première commercialisation conjointe de pétrole nigérien.

Cette offensive combine trois leviers : sécurité, énergie et économie. Une stratégie visant à ancrer durablement l’Algérie dans un pays clé de l’AES, où Rabat tente également de s’implanter.

Une rivalité qui dépasse le cadre sahélien

L’accélération des initiatives algériennes s’inscrit dans un contexte régional en mutation. Les trois États de l’AES (Mali, Burkina Faso, Niger) ont rompu avec plusieurs partenaires traditionnels, se tournant vers Moscou et renforçant leur autonomie diplomatique. Pour Alger, cette recomposition représente à la fois une menace et une opportunité : celle de regagner du terrain auprès de gouvernements en quête de nouveaux alliés.

Mais la concurrence marocaine ajoute une dimension cruciale. Rabat a bâti un réseau d’influence combinant investissements économiques, formation religieuse et infrastructures. Une stratégie qui a permis au Maroc de tirer profit des reculs algériens, notamment en matière de médiation au Sahel.

Selon l’International Crisis Group, Alger cherche désormais à «préserver son influence face à Rabat». Une analyse confirmée par l’Institut d’études de sécurité (ISS), qui souligne l’écart entre la puissance militaire algérienne et son influence politique.

La normalisation avec le Mali : un pari risqué

La crise entre Alger et Bamako avait atteint son paroxysme en 2025, après la destruction d’un drone malien par l’armée algérienne et la dénonciation de l’accord de paix de 2015. Les accusations d’agression et les procédures judiciaires avaient scellé une rupture de quinze mois. Le rétablissement des relations diplomatiques, symbolisé par le retour des ambassadeurs, marque donc un tournant.

Le Niger a joué un rôle clé dans cette réconciliation, facilitant un dialogue que Moscou aurait également encouragé. Une normalisation qui pourrait permettre à Alger de réintégrer les discussions sur la sécurité et l’avenir politique du Sahel occidental.

Niger : le laboratoire d’une nouvelle stratégie

Dès mars 2025, la deuxième session de la grande commission mixte algéro-nigérienne avait acté un partenariat « stratégique et irréversible ». Les engagements se sont multipliés depuis : sécurité, énergie, infrastructures. Le don d’hélicoptères militaires et la commercialisation conjointe de pétrole en sont les manifestations les plus tangibles.

Pour Alger, cette coopération répond à une double nécessité : sécuriser ses frontières et contrer l’avancée marocaine. Le gazoduc transsaharien, les hydrocarbures et les équipements militaires composent désormais l’arsenal de cette reconquête.

Le Maroc, un partenaire devenu concurrent

Le problème pour Alger réside dans l’avance prise par Rabat. Le Mali a retiré sa reconnaissance de la RASD en avril 2025, soutenant le plan d’autonomie marocain pour le Sahara. Une décision qui illustre la bataille d’influence en cours : au-delà du Sahel, c’est la capacité de chaque pays à rallier l’Afrique à sa vision du Sahara qui est en jeu.

Alger, acculé, tente de rattraper son retard. Mais sa politique reste avant tout réactive, dictée par la crainte de voir Rabat exploiter ses propres erreurs. Une approche qui limite son rayonnement, réduit son influence à une logique de concurrence plutôt qu’à une offre propre aux États sahéliens.

Une reconquête fragile, mais indispensable

Le Niger incarne aujourd’hui la stratégie algérienne la plus aboutie, tandis que le Mali en constitue le test diplomatique majeur. Le Burkina Faso complète ce dispositif, bien que les relations y restent moins visibles.

Cette offensive vise à récupérer des positions perdues et à empêcher Rabat d’en tirer profit. Mais elle révèle aussi les limites d’une diplomatie algérienne encore prisonnière de sa rivalité avec le Maroc. Une puissance régionale se doit pourtant de proposer une alternative crédible, au-delà de la seule logique de réaction.