28 juillet 2026

Burkina Voix

Média burkinabè indépendant qui donne la parole aux citoyens : actualités politiques, sécuritaires et économiques du Faso.

Africa corps, la milice russe qui étend son emprise au Mali

Tuareg rebels of the Azawad Liberation Front (FLA) coalition gather at the Kidal roundabout in Kidal, on April 26, 2026. April 25, 2026's shock attacks, synchronised by Tuareg rebels of the Azawad Liberation Front (FLA) coalition and the jihadist Group for the Support of Islam and Muslims (JNIM), targeted several areas in the vast arid country. Fighting resumed on April 26 in several areas, including Kita near Bamako, Kidal, Gao and Severe. Tuareg rebels meanwhile announced an agreement allowing Russian forces backing Mali's army to withdraw from the northern city of Kidal, which they claimed was "totally" under their control. (Photo by abdollah Ag Mohamed / AFP)

Africa Corps, la nouvelle main de fer de Moscou au Sahel

Une milice aussi discrète que stratégique, Africa Corps s’impose comme l’héritier de Wagner au Mali, malgré des revers militaires récents.

Le week-end dernier au Mali, une offensive d’envergure a ébranlé les positions de la junte militaire. Des groupes djihadistes alliés à des factions rebelles touarègues ont mené des attaques simultanées dans plusieurs régions, dont Bamako, où le ministre de la Défense a été tué. Dans l’est du pays, un événement majeur s’est produit : Kidal, ville stratégique sous contrôle d’Africa Corps depuis des années, a été reprise par les rebelles après des combats acharnés et des négociations tendues. La milice russe, confrontée à cette perte symbolique, a finalement choisi de se retirer, marquant un tournant dans sa présence au Sahel.

Fondée en 2023, Africa Corps représente la nouvelle génération des instruments militaires russes en Afrique. Son existence a été officiellement révélée en novembre de cette même année, lorsque le blogueur militaire Deux Majors a relayé des déclarations d’Igor Korotchenko, ancien colonel et figure médiatique proche du Kremlin. Selon ses propos, l’organisation serait directement supervisée par Iounous-bek Evkourov, vice-ministre russe de la Défense. Ce changement intervient dans un contexte particulier : le groupe Wagner, autrefois pilier de l’influence russe en Afrique, traverse une période de turbulence après la mort de ses fondateurs, Evgueni Prigojine et Dmitri Outkine, dans un accident aérien en août 2023. Prigojine, autrefois proche de Vladimir Poutine, avait même tenté une tentative de rébellion contre le pouvoir russe peu avant sa disparition.

Une structure plus centralisée que Wagner

Africa Corps se distingue par une approche plus rigide et contrôlée depuis Moscou. Contrairement à Wagner, souvent pointé du doigt pour ses exactions et son manque de discipline, cette nouvelle milice mise sur une stratégie plus discrète. Son objectif affiché est clair : soutenir les régimes alliés de la Russie en leur fournissant un appui militaire, tout en s’opposant à l’influence occidentale sur le continent. Igor Korotchenko résume cette mission : « Le groupe mènera des opérations militaires à grande échelle pour aider les pays africains à se libérer de la dépendance néocoloniale et à conquérir une souveraineté totale. »

Le choix du nom « Africa Corps » n’est pas anodin. Il fait directement référence à l’Afrikakorps, unité allemande de la Seconde Guerre mondiale déployée en Afrique du Nord. Une référence historique qui n’est pas passée inaperçue, rappelant les ambitions géopolitiques de Moscou en Afrique.

Une expansion méthodique au Sahel

Depuis 2024, Africa Corps a progressivement pris le relais de Wagner au Mali, où elle a déployé des centaines, voire des milliers de combattants. Plusieurs anciens cadres de Wagner ont rejoint ses rangs, apportant avec eux une partie de leurs troupes. Leur mission ? Maintenir la junte malienne au pouvoir face à la montée des groupes rebelles, tout en consolidant l’influence de Moscou dans la région. Cette stratégie s’inscrit dans un double objectif : contrer le retrait des puissances occidentales, dont la France, et sécuriser des zones stratégiques comme les routes migratoires ou les ressources minières.

Son déploiement ne s’arrête pas aux frontières du Mali. Africa Corps étend désormais son réseau au Burkina Faso, en Libye, au Soudan, en République centrafricaine et au Niger. Bien que son action soit moins brutale que celle de Wagner, elle n’en reste pas moins sous le feu des critiques. En 2024, le Royaume-Uni a accusé le groupe de « violations généralisées des droits humains » et d’exploitation des ressources naturelles africaines pour son propre profit.

Un acteur controversé mais incontournable

Malgré les sanctions internationales et les revers militaires, Africa Corps continue de jouer un rôle clé dans l’échiquier géopolitique africain. Son retrait de Kidal ne signifie pas un affaiblissement de son influence, mais plutôt une adaptation à un contexte local en mutation. En misant sur des alliances solides avec les gouvernements du Sahel, Moscou cherche à pérenniser sa présence, tout en évitant les excès qui ont discrédité Wagner. Une stratégie à double tranchant, où le succès dépendra de sa capacité à concilier fermeté militaire et discrétion diplomatique.