9 mai 2026

Abus militaires au Sahel : l’ONU s’alarme de la multiplication des exactions

Les rapports faisant état de disparitions forcées et d’exécutions extrajudiciaires se multiplient dans la région du Sahel. Les forces armées du Mali, du Burkina Faso et du Niger, engagées dans une lutte intense contre les groupes jihadistes, font face à de graves accusations qui suscitent une vive préoccupation au sein de l’ONU.

Une recrudescence inquiétante des violences contre les civils

Jean-Pierre Lacroix, secrétaire général adjoint de l’ONU pour les opérations de paix, a récemment exhorté les États membres du G5 Sahel à ne ménager aucun effort pour garantir le respect des droits fondamentaux. Cette mise en garde intervient alors que les dérives imputées aux troupes nationales semblent s’intensifier, parallèlement aux violences terroristes et intercommunautaires.

La MINUSMA, mission des Nations unies au Mali, a documenté des chiffres alarmants pour le premier trimestre de l’année :

  • Au Mali, 101 exécutions sommaires sont attribuées à l’armée nationale.
  • Une trentaine d’autres meurtres auraient été perpétrés par les soldats du Niger en territoire malien.
  • Au Burkina Faso, le décès suspect de douze personnes en détention à la mi-mai a provoqué l’indignation des ONG, qui soupçonnent des exécutions déguisées.
La Fama (force armée malienne) patrouille dans le cercle d'Ansongo, région de Gao, au Mali, le 13 mars 2017. (VOA/Kassim Traoré)

Le ciblage des populations et la question ethnique

Dans la zone de Tillabéri, au Niger, plus d’une centaine de personnes auraient été tuées par l’armée en avril dernier. Les organisations de défense des droits humains soulignent que les victimes appartiennent majoritairement à la communauté peule, souvent injustement assimilée aux mouvements jihadistes.

Abou Sow, président de l’association Tabital Pulaaku, a dénoncé ces amalgames dangereux, rappelant que le terrorisme ne peut être réduit à une seule ethnie. Malgré ces témoignages, les autorités sahéliennes continuent de soutenir leurs troupes, tout en promettant des enquêtes sur les incidents les plus graves.

Un défi pour la crédibilité des forces internationales

Ces allégations surviennent à un tournant décisif pour la sécurité régionale. Alors que la France réexamine les modalités de son intervention et que la MINUSMA fait face à des interrogations sur son efficacité, la légitimité des armées locales est en jeu.

Pour certains experts comme Ibrahim Maïga, la priorité militaire accordée à la neutralisation des jihadistes relègue parfois la protection des populations au second plan. Le général Pascal Facon, commandant de la force française Barkhane, a qualifié ces exactions d’« intolérables », avertissant qu’elles nuisent gravement à la crédibilité des forces engagées sur le terrain.