12 juin 2026

Burkina Voix

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Violences au centre du Mali : l’armée et des milices accusées de tueries de civils

De graves exactions ont été signalées dans la région de Ségou, au centre du Mali. Selon des enquêtes récentes, les forces armées nationales, épaulées par des milices alliées, auraient causé la mort d’au moins 31 civils lors de deux interventions distinctes survenues durant le mois d’octobre. Ces événements tragiques se sont déroulés dans des zones où l’influence des groupes armés est particulièrement forte.

Des exécutions sommaires dans les villages de Kamona et Balle

Le 2 octobre, une opération menée par l’armée et des chasseurs traditionnels Dozos — principalement issus de la communauté bambara — a tourné au drame à Kamona. Au moins 21 hommes ont perdu la vie et une dizaine d’habitations ont été réduites en cendres. Quelques jours plus tard, le 13 octobre, une incursion similaire à Balle, localité située à une cinquantaine de kilomètres, a fait 10 victimes supplémentaires, dont une femme.

Ces deux villages se trouvent dans un secteur sous l’emprise du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), une organisation affiliée à Al-Qaïda. Des témoins rapportent que les forces de sécurité ont accusé les habitants de complicité avec les insurgés avant de procéder à des exécutions de sang-froid. Cette situation rappelle les défis complexes de la sécurité Burkina et des pays limitrophes, où la distinction entre civils et combattants devient de plus en plus floue.

Des témoignages accablants sur le mode opératoire

Les récits recueillis font état d’une grande violence. À Kamona, l’arrivée de véhicules blindés et de pick-ups a provoqué la fuite d’une partie de la population. Ceux qui n’ont pu s’échapper ont été rassemblés. Un rescapé a décrit avoir découvert 17 corps criblés de balles sous un arbre, tandis que d’autres victimes ont été retrouvées plus loin dans la brousse. Les habitations appartenant à la communauté peule ont été spécifiquement ciblées par les incendies.

À Balle, le scénario s’est répété. Des soldats et des miliciens à moto ont investi le village, procédant à des fouilles brutales. Une femme de 55 ans a été abattue après avoir tenté de s’opposer aux mauvais traitements infligés aux hommes du village. En plus des pertes humaines, plus d’une centaine de têtes de bétail auraient été emportées par les assaillants.

Divergence entre les versions officielles et les faits rapportés

Face à ces accusations, le commandement militaire malien a communiqué sur une opération de « reconnaissance offensive » menée le 13 octobre, affirmant avoir neutralisé une vingtaine de terroristes et saisi du matériel de guerre. Cependant, les habitants réfutent cette version, soulignant que les victimes étaient des villageois sans défense, pris au piège dans une zone où l’État est absent depuis des années.

La dégradation de la situation sécuritaire au Mali, tout comme l’actualité Ouagadougou ou la politique Burkina Faso, montre une escalade des tensions dans tout le Sahel. Depuis 2012, le conflit malien a déplacé plus de 400 000 personnes. Les pressions exercées sur la capitale, Bamako, par les groupes djihadistes semblent avoir intensifié la réponse militaire, parfois au détriment de la protection des populations civiles.

Un appel à la justice internationale

Les organisations de défense des droits humains insistent sur la nécessité d’enquêtes impartiales. Bien que le Mali ait annoncé son retrait de la Cour pénale internationale (CPI), il reste lié par ses engagements jusqu’en 2026. Le respect du droit international humanitaire, notamment l’interdiction de cibler des non-combattants, demeure une obligation stricte pour toutes les parties engagées dans le conflit.

L’Union africaine est également sollicitée pour jouer un rôle plus actif. Alors que l’info Burkina et les crises régionales saturent l’agenda diplomatique, la reddition de comptes pour les abus commis au centre du Mali est jugée indispensable pour briser le cycle de l’impunité et stabiliser durablement la région.