21 mai 2026

Burkina Voix

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Vers une réforme de la situation des enfants talibés : l’engagement de Moussa Balla Fofana à Diourbel

Lors d’un récent déplacement à Diourbel, au cœur du Sénégal, le ministre Moussa Balla Fofana a remis au centre des priorités nationales un dossier complexe qui pèse sur les politiques publiques depuis des décennies : la mendicité des enfants talibés. Le représentant du gouvernement a décrit cette situation comme l’une des problématiques les plus délicates de la société sénégalaise, marquant ainsi la volonté des autorités de se saisir à nouveau de cet enjeu mêlant social, religion et autorité de l’État.

Diourbel, un carrefour stratégique pour le débat sur les daaras

Le choix de la région de Diourbel pour aborder ce sujet est hautement symbolique. Située à proximité de Touba, cette zone constitue le poumon du bassin mouride et regroupe une multitude de daaras. Ces écoles coraniques traditionnelles accueillent des milliers de jeunes disciples venant des quatre coins du pays et de la sous-région. C’est au sein de ce réseau éducatif et spirituel que s’est enraciné le phénomène des enfants envoyés dans les rues pour solliciter l’aumône, sous couvert d’apprentissage religieux.

En admettant la complexité du dossier, Moussa Balla Fofana souligne l’équilibre fragile que l’État doit maintenir. Toute intervention publique concernant les talibés doit composer avec le respect dû aux autorités religieuses, le rôle social des maîtres coraniques et l’impératif régalien de protéger des mineurs vulnérables, souvent exposés aux dangers de la rue et à diverses formes de précarité. Par le passé, les tentatives pour retirer les enfants de la voie publique n’ont pas permis d’obtenir des résultats durables.

Une problématique aux racines multiples

Le ministre a mis en lumière les causes structurelles de cette situation. Derrière la mendicité juvénile se cachent des réalités telles que la pauvreté rurale, les mouvements migratoires internes et les défis de gestion des établissements coraniques. Bien que la modernisation des daaras soit un chantier ouvert depuis le début des années 2000, elle reste inachevée. Si des textes juridiques existent, notamment pour réprimer l’exploitation des mineurs, leur mise en œuvre effective dépend encore largement des contextes locaux et des rapports de force.

Pour le gouvernement issu de l’alternance de 2024, ce dossier représente un véritable test politique. L’administration de Bassirou Diomaye Faye a placé le redressement social et la dignité de la jeunesse au sommet de son agenda. S’attaquer frontalement à la mendicité des talibés revient à toucher un point de sensibilité que peu de gouvernements ont osé transformer en profondeur. Les observateurs de la protection de l’enfance continuent de signaler des conditions de vie difficiles dans certains daaras urbains, où le manque d’hygiène et de sécurité est régulièrement pointé du doigt.

Les perspectives d’une nouvelle politique publique

Les échanges entre le ministre et les acteurs territoriaux suggèrent que des décisions importantes sont en cours de réflexion. La stratégie gouvernementale semble s’orienter vers trois axes majeurs : la régulation et la modernisation des daaras, un contrôle plus strict de la mobilité des enfants éloignés de leur foyer, et un accompagnement économique des familles les plus démunies. L’efficacité de ces mesures reposera sur la capacité de l’exécutif à mener un dialogue constructif avec les grands foyers religieux du pays, notamment Touba, Tivaouane et Médina Baye.

L’aspect financier reste également déterminant. La mise en sécurité des enfants, leur réinsertion et la prise en charge de leurs besoins fondamentaux dans des structures réformées exigent une mobilisation budgétaire constante et une action coordonnée entre les ministères de l’Éducation, de la Justice, de l’Intérieur et de la Famille. Sans un pilotage centralisé et des moyens pérennes, les interventions risquent de rester ponctuelles. Le déplacement de Moussa Balla Fofana à Diourbel témoigne toutefois d’une volonté de décentraliser le débat pour construire des solutions au plus près des réalités du terrain.