Il y a un an jour pour jour, les autorités Tchadiennes frappaient un grand coup en procédant à l’arrestation de Succès Masra, figure majeure de l’opposition et ancien Premier ministre. Condamné à vingt ans de prison pour des chefs d’accusation à connotation politique, son cas illustre la fermeté du régime à museler toute voix dissidente.
Chef du parti Les Transformateurs, Succès Masra a été interpellé à son domicile à N’Djamena au petit matin du 16 mai 2025. Les charges retenues contre lui reposent sur des allégations d’incitation à la haine et à la révolte, suite à des propos tenus sur les réseaux sociaux après les violents affrontements intercommunautaires du 14 mai dans le Logone Occidental, ayant causé de nombreuses victimes. Dès le lendemain des tragédies, il avait publiquement exprimé son soutien aux familles endeuillées en déclarant : « la vie d’aucun Tchadien ne doit être banalisée ».
En août 2025, un tribunal tchadien a statué : Succès Masra était reconnu coupable de « diffusion de messages à caractère haineux et xénophobe » ainsi que de « complicité de meurtre ». La sentence, lourde de vingt ans de réclusion, a également frappé une quarantaine de coaccusés, tous condamnés aux mêmes peines. Des amendes substantielles ont été imposées en complément. Les avocats de l’opposant ont immédiatement interjeté appel, un recours toujours en suspens.
L’arrestation de Succès Masra s’inscrit dans une dynamique plus large de restriction des libertés politiques au Tchad. Les tensions entre éleveurs et agriculteurs dans le sud du pays ne sont pas nouvelles, mais le pouvoir a saisi l’occasion pour cibler une personnalité politique devenue gênante. Avant l’élection présidentielle de mai 2024, où il s’était opposé à Mahamat Idriss Déby, alors président de transition, Succès Masra et ses partisans avaient déjà été la cible de menaces et d’arrestations arbitraires. Pire encore, à l’approche du scrutin, un opposant de premier plan avait été assassiné sans que les responsables ne soient inquiétés.
Après le scrutin, Succès Masra avait dénoncé des irrégularités dans le processus électoral. La répression ne s’est pas limitée aux urnes : les forces de l’ordre ont réprimé dans le sang les manifestations de 2021 et 2022, laissant des dizaines de morts et de blessés derrière elles. Des centaines de manifestants ont été incarcérés arbitrairement, certains subissant des traitements dégradants. Le 8 mai 2026, huit autres leaders de l’opposition ont été condamnés à huit ans de prison pour « rébellion » et « mouvement insurrectionnel », après avoir tenté d’organiser une marche pacifique interdite par les autorités.
Un an après son incarcération, Succès Masra attend toujours la décision de la Cour suprême du Tchad, qui examinera son appel. La pression internationale, notamment celle de la Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale (CEEAC), pourrait jouer un rôle clé. L’organisation régionale, jusqu’ici en difficulté pour faire respecter les principes démocratiques, est appelée à exiger des autorités tchadiennes le respect des droits politiques et la mise en œuvre des engagements pris, comme l’accord de Kinshasa. Cet accord visait notamment à sécuriser l’espace politique des partis d’opposition, dont celui de Succès Masra.
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