30 avril 2026

Togo : une nouvelle approche pour la stabilité du Sahel

Le Togo renforce son rôle clé dans la stabilisation du Sahel

Le Togo a récemment annoncé sa volonté de servir de pont stratégique entre les pays dirigés par des juntes militaires au Sahel — à savoir le Mali, le Niger et le Burkina Faso — et la communauté internationale. Cette initiative s’inscrit dans le cadre d’une nouvelle phase de sa politique régionale, alors que ces États font face à une escalade des violences terroristes menaçant la stabilité de l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest.

Selon Robert Dussey, ministre des Affaires étrangères du Togo, cette seconde mouture de la stratégie togolaise pour le Sahel est devenue indispensable. « La région est désormais un foyer de tensions terroristes, mettant en péril la sécurité de tout le continent », a-t-il souligné lors de l’annonce officielle de cette politique.

Place de la Confédération des États du Sahel à Bamako, Mali

Trois axes majeurs pour une diplomatie proactive

Cette stratégie s’articule autour de trois piliers fondamentaux définis par le chef de la diplomatie togolaise :

  • Renforcer la coopération régionale : Le Togo mise sur une collaboration accrue avec ses voisins pour consolider la paix et la sécurité dans la sous-région.
  • Favoriser les conditions de paix : Lomé entend jouer un rôle central dans l’établissement d’un environnement propice à la stabilisation politique et sociale.
  • Soutenir la normalisation politique : Le pays appuie les transitions en cours dans les États dirigés par des militaires, en encourageant un retour progressif à l’ordre constitutionnel.

Pour Jean Emmanuel Gnagnon, enseignant-chercheur à l’Université de Lomé et spécialiste des crises politiques, « le Togo a su limiter l’avancée des groupes armés vers le sud et éviter une implantation durable des cellules terroristes sur son sol. Il a également renforcé sa présence sécuritaire en Afrique de l’Ouest ». Il ajoute que « malgré l’absence de résolution définitive de la crise, les mesures antérieures ont permis au pays de gagner du temps et de renforcer ses capacités pour prévenir le pire ».

Soldats de l'armée togolaise en patrouille

Des résultats contrastés selon les experts

Cependant, tous les observateurs ne partagent pas cet optimisme. Madji Diabakaté, politologue, adopte une position plus critique. « La diplomatie togolaise, dans son approche du Sahel, rappelle le conte de la grenouille qui voulait rivaliser avec le bœuf. Après les coups d’État, deux enjeux majeurs se posaient : la sécurité et le retour à la démocratie. Or, aucun de ces deux aspects n’a connu d’évolution significative. Au contraire, l’engagement du Togo a plutôt contribué à affaiblir la CEDEAO, en soutenant les régimes qui ont généré la crise », explique-t-il.

Cette position est partagée par une partie de la population togolaise, qui estime que le gouvernement devrait d’abord se concentrer sur la résolution des tensions internes avant de s’immiscer dans les affaires d’autres pays de la région.

Malgré ces critiques, Robert Dussey insiste sur l’importance des « relations constructives » entretenues par le Togo avec ses partenaires locaux et internationaux, en mettant en avant les « intérêts communs » comme fondement de sa démarche diplomatique.