12 juin 2026

Burkina Voix

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Sénégal : les racines économiques d’une rupture historique entre Faye et Sonko

Le 23 mai 2026 marque un tournant majeur pour le Sénégal avec l’éviction d’Ousmane Sonko par le président Bassirou Diomaye Faye. Loin d’être une simple querelle de personnalités, cette séparation est le résultat de visions économiques irréconciliables qui cohabitaient difficilement depuis l’alternance d’avril 2024. Deux ans après l’accession au pouvoir de ce tandem, le divorce est consommé autour de trois piliers stratégiques : la gestion de la dette, l’exploitation des hydrocarbures et le choix des financements extérieurs.

La gestion de la dette publique au cœur des tensions

La question de l’endettement national constitue le principal point de discorde. Dès septembre 2024, Ousmane Sonko avait mis en lumière des engagements financiers non déclarés hérités de la période Macky Sall. En mars 2025, une mission internationale confirmait l’existence de près de 7 milliards d’euros de dettes non comptabilisées, propulsant l’encours global au-delà de 100 % du PIB. Avec un service de la dette s’élevant à 5 500 milliards de francs CFA annuellement et des besoins de refinancement colossaux, la situation financière du pays est devenue alarmante, entraînant trois dégradations de la note souveraine en un an.

Face à cette crise, deux approches se sont opposées au sommet de l’État. Ousmane Sonko a maintenu une ligne dure, refusant toute restructuration et privilégiant la dénonciation politique du régime passé pour mobiliser sa base militante et la diaspora. Il refusait de compromettre sa légitimité par un accord négocié avec les institutions de Washington. À l’inverse, Bassirou Diomaye Faye a opté pour le pragmatisme diplomatique en renforçant les échanges avec le FMI dès novembre 2025 et en initiant un dialogue national en mai 2026.

L’impasse économique est devenue flagrante avec la suspension d’un programme d’aide de 1,55 milliard d’euros et l’isolement du Sénégal sur les marchés financiers internationaux. Alors que le spectre d’un défaut de paiement plane pour 2028, la posture de Sonko, bien que politiquement porteuse pour le Pastef, est devenue incompatible avec les impératifs de gestion de la présidence.