26 mai 2026

Burkina Voix

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Sénégal : la fin de l’unité entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko

Pendant de longs mois, une certitude s’est installée dans les rues de Dakar comme dans les cercles du pouvoir : l’alliance indéfectible qui avait mené l’opposition au sommet de l’État sénégalais s’effritait. Le célèbre slogan de campagne « Diomaye mooy Sonko, Sonko mooy Diomaye », qui affirmait l’indissociabilité des deux hommes, a progressivement perdu de sa superbe. Aujourd’hui, la réalité est tout autre : le président et son désormais ex-Premier ministre ne cachent plus leurs désaccords profonds.

Entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, les points de friction se sont accumulés, rendant leur collaboration au sommet de l’exécutif de plus en plus précaire. Entre luttes d’influence, divergences stratégiques et rivalités entre leurs entourages respectifs, la situation était devenue intenable. En décidant de se séparer de son Premier ministre, le chef de l’État a voulu marquer son territoire, mais ce choix comporte des risques politiques majeurs.

La stratégie d’Ousmane Sonko et le piège de la rupture

Il semble qu’Ousmane Sonko ait méthodiquement poussé cette relation vers son point de non-retour. Le leader du Pastef avait conscience qu’une cohabitation durable avec un président cherchant à asseoir sa propre autorité serait complexe. En cas de divorce, il savait pouvoir compter sur l’attachement émotionnel et la loyauté des militants du parti.

Le piège s’est refermé sur Bassirou Diomaye Faye : il a dû trancher entre l’affirmation de sa stature présidentielle et la préservation de l’unité politique du mouvement. En multipliant les signes d’autonomie et les prises de parole ambiguës, Ousmane Sonko a placé le président dans une impasse. Soit ce dernier acceptait un pouvoir bicéphale et paraissait affaibli, soit il limogeait son mentor au risque de passer pour celui qui trahit le pacte originel aux yeux de la base.

Désormais écarté, Ousmane Sonko retrouve une liberté de mouvement totale. Il redevient, pour une frange importante des sympathisants, la figure de proue de la rupture et le martyr politique face au système.

L’influence des nouveaux cercles du pouvoir

Une autre menace pèse sur Bassirou Diomaye Faye : celle de son nouvel entourage. Depuis son élection, de nouveaux acteurs gravitent autour de la présidence. Parmi eux, des opportunistes et d’anciens soutiens de l’administration de Macky Sall qui l’encouragent à rompre définitivement avec le passé pour « incarner pleinement la fonction ».

Si ce discours flatte l’autorité naturelle du chef de l’État, il convient de s’interroger sur la sincérité de ces ralliés de la dernière heure. Ces derniers étaient absents lors des moments sombres de la lutte, des arrestations et de la répression qui ont frappé le Pastef. Ces professionnels de la politique pourraient chercher à diviser les compagnons de route pour mieux neutraliser le projet de transformation radicale porté initialement par le tandem.

Le spectre d’une scission au sein du Pastef

L’épreuve de force qui s’engage pourrait fragiliser le pouvoir en place. Au Sénégal, le Pastef reste une machine politique redoutable, portée par une jeunesse mobilisée. Or, Ousmane Sonko demeure le cœur battant de ce mouvement. Si la victoire de Bassirou Diomaye Faye a été rendue possible, c’est en grande partie grâce à l’aura de son allié, perçu par beaucoup comme le véritable artisan du changement.

Le président bénéficie de la légitimité des urnes et des institutions, mais Ousmane Sonko conserve une légitimité populaire puissante. En cas de fracture ouverte au sein du parti, le chef de l’État pourrait se retrouver isolé, ne disposant pas encore d’un appareil politique personnel capable de rivaliser avec l’influence de son ancien Premier ministre.

Cette crise illustre la difficulté pour les héritiers politiques d’exister par eux-mêmes sans briser l’équilibre qui les a portés au pouvoir. Au-delà des ego, c’est la cohérence du projet de souveraineté et de justice sociale qui est aujourd’hui mise à l’épreuve par ces turbulences internes.