11 mai 2026

Sahel : Maroc et Algérie se disputent l’influence économique

Des économies fragiles au Sahel : un défi majeur à relever

La région sahélienne, s’étendant du Mali au Tchad, ne brille pas par ses indicateurs économiques. Contrairement à un eldorado attractif pour les investisseurs étrangers, ces nations peinent à décoller. Les données du Mali, du Burkina Faso et du Niger révèlent des réalités alarmantes : au Mali, 47 % des 25,9 millions d’habitants ont moins de 15 ans, seulement 25 % des terres sont cultivables, et le pays se classe au 188ᵉ rang de l’indice de développement humain (PNUD) sur 193. Près de 45 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Des chiffres similaires sont observés à Ouagadougou et Niamey, où respectivement 40 % et 60,5 % des habitants vivent dans la précarité (Banque mondiale). Enclavés et dirigés par des juntes militaires, ces pays forment l’Alliance des États du Sahel (AES), un bloc marqué par une rhétorique anti-française et anti-occidentale, censée apporter prospérité et stabilité, mais sans résultats tangibles pour leurs populations.

Maroc : une stratégie portuaire pour relier l’Afrique de l’Ouest à l’Europe

Le Maroc mise sur des infrastructures colossales pour s’imposer comme un acteur clé du Sahel. Le projet phare ? Le port de Dakhla Atlantique, conçu pour rivaliser avec Tanger Med. Prévu pour une inauguration en 2029, ce hub logistique vise à désenclaver les pays sahéliens en leur offrant un accès à l’océan Atlantique. Un chemin de fer transsaharien, bien que non encore finalisé, pourrait compléter cette initiative, reliant directement les trois pays (Mali, Burkina Faso, Niger) au port marocain. Cette démarche s’inscrit dans une volonté de Rabat de devenir une plateforme incontournable entre l’Afrique, l’Europe et les Amériques. Sur le plan géopolitique, cette offre séduit les dirigeants de l’AES, tout en servant les intérêts du Maroc, isolé par son conflit avec l’Algérie. Ce projet pourrait aussi contrer l’influence des groupes djihadistes en offrant des perspectives économiques à une jeunesse sahélienne en quête d’avenir, alors que la région connaît une croissance démographique explosive.

Algérie : un gazoduc transsaharien pour sécuriser l’énergie européenne

De son côté, l’Algérie relance une initiative ambitieuse : la construction du gazoduc transsaharien. Après des tensions avec le Niger, Alger a renoué le dialogue avec le général Abderrahmane Tiani, proposant de finaliser rapidement le tronçon nigérien du pipeline. Ce gazoduc de 4 800 km reliera le Nigeria à l’Algérie, avant d’exporter le gaz vers l’Europe. La Sonatrach, entreprise nationale algérienne, prendra en charge la construction et la formation des Nigériens à l’exploitation du réseau, un atout supplémentaire par rapport à d’autres acteurs comme la Chine. Cette manœuvre diplomatique renforce l’influence algérienne dans la région et propose une alternative énergétique stratégique pour l’Europe.

Deux visions concurrentes pour le Sahel : complémentarité ou opposition ?

Les stratégies du Maroc et de l’Algérie au Sahel présentent des points communs : lutte contre le djihadisme, développement économique et désenclavement des pays sahéliens. Pourtant, leur rivalité historique, notamment autour du conflit du Sahara occidental, freine une collaboration efficace. Lors de rencontres internationales comme celles de Madrid ou Washington en février 2025, des discussions ont émergé sur un possible apaisement du conflit sahraoui. Une résolution permettrait aux deux pays de conjuguer leurs efforts pour répondre aux défis sécuritaires et démographiques du Sahel, privant ainsi l’AES de jouer sur leurs divisions.

Le terrorisme au Sahel prospère dans un terreau fertile : pauvreté extrême et régimes autoritaires. L’Algérie mise sur ses ressources gazières et son expertise, tandis que le Maroc mise sur des infrastructures majeures et une diplomatie économique. Deux approches complémentaires, mais qui se heurtent à la réalité politique. Une coopération renforcée entre les deux nations serait pourtant un levier essentiel pour stabiliser la région.