15 mai 2026

Réfugiés maliens en Mauritanie : entre espoir de retour et menaces d’un nouvel exode

Des réfugiés maliens près d’un point d’eau d’un camp de fortune à Doueinkara, près de la frontière entre la Mauritanie et le Mali.

« Si les mercenaires russes quittent le Mali, nous rentrerons chez nous ». Cette phrase, répétée par Mosso, un réfugié touareg installé en Mauritanie depuis trois semaines, résume l’espoir fragile de milliers de Maliens fuyant les violences dans leur pays. Après des attaques d’envergure menées fin avril contre l’armée malienne et ses alliés de l’Africa Corps, les hostilités entre groupes armés et forces gouvernementales se poursuivent, laissant planer un doute sur la stabilité de la région.

Des exactions attribuées aux paramilitaires russes

Dans la localité de Fassala, à la frontière entre la Mauritanie et le Mali, les souvenirs des interventions des mercenaires russes restent douloureux. Mosso, 57 ans, évoque avec émotion le jour où des hommes blancs, identifiés comme des membres de l’ex-groupe Wagner – désormais intégré à l’Africa Corps –, ont attaqué son campement dans la région de Mopti. Son frère a été tué sous ses yeux par ces combattants, tandis que son fils, alors âgé de 14 ans, assistait à la scène. « C’est Assimi Goïta qui les a fait venir », accuse-t-il, pointant du doigt le dirigeant de la junte malienne.

Les témoignages de violences commises par ces supplétifs russes se multiplient. Des organisations de défense des droits humains, comme la Fédération internationale pour les droits humains, ont déposé plainte devant la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples pour violations présumées des droits humains au Mali. Les exactions touchent aussi bien les civils accusés de collaborer avec des groupes armés que les populations locales prises entre les feux croisés.

L’alliance controversée entre indépendantistes et jihadistes

À quelques kilomètres de Fassala, le camp de Mbera abrite aujourd’hui 120 000 réfugiés maliens. Parmi eux, Ahmed, 35 ans, espère un retour au calme. « Les militaires au pouvoir ont tout provoqué en faisant appel à Wagner », estime ce Touareg qui dénonce « l’amalgame » opéré par l’armée malienne et ses alliés russes. Les violences persistantes, qu’elles soient le fait des jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), des forces gouvernementales ou des groupes communautaires, alimentent un cycle sans fin de déplacements forcés.

Pourtant, tous ne partagent pas cet optimisme. Abdallah, un réfugié de 77 ans, se dit « très loin d’être heureux » de la récente reprise de Kidal par le Front de libération de l’Azawad (FLA). « Le Jnim est un mouvement terroriste, leur idéologie ne correspond pas à la nôtre », déclare-t-il, soulignant les divergences entre Touaregs modérés et groupes jihadistes. Les blocus imposés par le Jnim depuis octobre dernier ont d’ailleurs provoqué l’arrivée de près de 14 000 nouveaux réfugiés, majoritairement des femmes et des enfants.

Un Sahel sous tension et des ressources menacées

Les combats récents au Mali font craindre un nouvel afflux de réfugiés en Mauritanie, pays réputé pour sa stabilité dans une zone sahélienne en proie à l’instabilité. « La situation est suivie avec une inquiétude croissante », confie un porte-parole du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés en Mauritanie. Les tensions se cristallisent autour de l’accès aux ressources naturelles, déjà mises à mal par la présence de plus de 300 000 Maliens dans la région du Hodh Chargui.

Cheikhna Ould Abdallahi, maire de Fassala, alerte sur les répercussions locales : « Les pâturages, les points d’eau et les services de base, comme la santé, subissent une pression insoutenable ». La Mauritanie, vaste territoire désertique de 5,5 millions d’habitants, tente de concilier accueil des réfugiés et préservation de ses ressources, dans un contexte où les violences jihadistes s’intensifient.

Pour Tilleli, 22 ans, mère d’un enfant d’un an, le retour au Mali semble encore lointain. Fuyant il y a un mois après le pillage de son village par des soldats et des mercenaires, elle résume l’état d’esprit de nombreux réfugiés : « Je ne rentrerai que si les Wagner quittent définitivement mon pays. La paix me semble encore inaccessible ».