26 août 2026

Burkina Voix

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Recapitalisation d’Eramet : le Gabon au cœur d’une polémique parisienne

Une opération de recapitalisation d’Eramet, à laquelle le Gabon a participé en entrant dans son capital, suscite une contestation politique inattendue à Paris. Dans une question écrite parue au Journal officiel le 30 juin 2026, le député insoumis Arnaud Le Gall (LFI-NFP) demande au gouvernement français de clarifier la véritable nature de ce montage capitalistique. Selon lui, le discours officiel mettant en avant un renforcement de la souveraineté minière gabonaise cacherait en réalité un sauvetage financier du holding familial Duval, actionnaire de référence d’Eramet via la SDPMI (Société de Développement et de Participations Minières et Industrielles).

Une lecture officielle remise en cause

Les autorités gabonaises avaient présenté cette opération comme une avancée stratégique. Le Gabon, premier producteur mondial de manganèse grâce à la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog), filiale historique d’Eramet, espérait via cette entrée au capital de la maison mère mieux capter la rente minière et influencer la gouvernance du groupe. Depuis plusieurs années, Libreville mène une politique de reprise en main de ses ressources stratégiques, comme en témoignent la révision du code minier et le repositionnement de l’État dans divers secteurs.

Arnaud Le Gall conteste fermement cette interprétation. Pour lui, ce qui est présenté comme un gain de souveraineté pour un État africain ressemble surtout à une bouffée d’oxygène pour des actionnaires français en difficulté. La famille Duval, actionnaire historique d’Eramet, fait face à des difficultés financières avérées dans son patrimoine. Une recapitalisation portée par un investisseur souverain étranger permet mécaniquement de stabiliser l’actionnariat sans diluer trop brutalement les positions historiques.

Le manganèse gabonais au cœur des enjeux

Le contexte industriel est crucial. Le Gabon génère une part importante des revenus d’Eramet via Comilog, dont les exportations de manganèse approvisionnent les aciéries mondiales et, de plus en plus, les filières des batteries électriques. Le groupe mène également des projets dans le nickel et le lithium, métaux essentiels pour la transition énergétique. Cette dépendance opérationnelle vis-à-vis du sous-sol gabonais crée un déséquilibre : Libreville fournit la ressource, mais la valeur ajoutée et les décisions stratégiques restent ailleurs.

L’entrée au capital de la holding parisienne visait justement à corriger ce déséquilibre. Reste à savoir, et c’est là l’objet de la question parlementaire, à quel prix et avec quelles contreparties réelles. Le député s’interroge sur les conditions financières de l’opération, les garanties obtenues par l’État gabonais en matière de gouvernance, et l’éventuelle implication directe ou indirecte de l’État français. Il demande au gouvernement de Paris de clarifier sa position et de préciser si des intérêts publics français ont accompagné la transaction.

Un débat qui dépasse le seul cas Eramet

Au-delà du cas minier, cette interpellation parlementaire relance un débat récurrent sur les relations économiques entre la France et le Gabon. Depuis la transition politique à Libreville après le changement de pouvoir, les autorités gabonaises affichent leur volonté de renégocier les équilibres hérités, dans les hydrocarbures comme dans les mines. Plusieurs entreprises françaises, établies de longue date, ont vu leurs positions contestées ou redéfinies. L’affaire Eramet s’inscrit dans ce contexte, avec une particularité notable : cette fois, c’est l’État africain qui apporte des capitaux à un groupe français, et non l’inverse.

Cette inversion explique l’âpreté du débat. Pour les partisans de l’opération, elle marque l’émergence d’un actionnariat souverain africain capable d’influer sur les conseils d’administration des grands groupes miniers européens. Pour ses détracteurs, dont Arnaud Le Gall, elle soulève la question de la rationalité financière de l’investissement et du rapport coût-bénéfice pour les finances publiques gabonaises. Le gouvernement français devra répondre par écrit à la question parlementaire dans les délais réglementaires, ce qui pourrait éclaircir certains points encore obscurs du montage.

Cette affaire illustre la complexité croissante des relations économiques entre Paris et ses partenaires africains, où chaque opération capitalistique d’envergure donne lieu à des interprétations concurrentes. Le député souhaite obtenir des précisions sur l’ensemble des paramètres financiers de la recapitalisation et sur les éventuels engagements de l’exécutif français.