Au lendemain de l’indépendance du Tchad, le président François Tombalbaye s’est lancé un défi de taille : moderniser l’outil de communication national.
L’objectif était clair : transformer l’ancien poste de liaison de la France-Libre, basé à Fort Lamy, en une véritable institution médiatique nommée Radio Tchad. Pour mener à bien ce projet ambitieux, le chef de l’État s’est rendu en France, plus précisément au Pavillon de La Muette à Maisons-Laffite, siège de la Société de Radiovision d’Outre Mer (SORAFOM).
C’est dans ce cadre que François Tombalbaye a sollicité l’expertise de Pierre Schaefflert, un ingénieur du son renommé. Ce dernier n’a pas hésité à lui recommander un profil d’exception : Pierre Mabé Gwet, un journaliste camerounais à l’élégance remarquée et au talent déjà affirmé.
Ancien stagiaire du Studio-École entre 1956 et 1961, Pierre Mabé est alors un cadre respecté de la coopération française. C’est sous son impulsion que les installations radiophoniques précaires de Fort Lamy ont été transférées vers le site actuel de N’Djamena.
Au-delà de l’aspect technique, il a joué un rôle crucial dans la formation de la première élite journalistique tchadienne. Des figures telles que Garambaye Adoum Saleh ou Saleh Kedzabo ont découvert leur vocation sous son aile. Pierre Mabé n’était pas seulement un technicien de l’information ; sa vaste culture générale, forgée à Science-Pô Paris et imprégnée de pensée panafricaniste, a séduit François Tombalbaye.
Devenu conseiller stratégique et plume du président, il a accompagné le virage politique vers l’authenticité africaine, rédigeant les discours marquants de cette ère. Cependant, l’histoire a basculé lors du coup d’État sanglant contre Tombalbaye. Pierre Mabé a réussi à s’échapper de justesse en traversant la frontière vers Kousseri, échappant ainsi au sort tragique réservé au président.
Pierre Mabé Gwet fait partie de cette lignée de bâtisseurs qui ont structuré le paysage médiatique africain. Son œuvre résonne aux côtés d’autres pionniers comme le Gabonais Georges Rawiri (Radio Garoua), le Camerounais Pierre Mouasso Priso (Radio Cameroun), l’Ivoirien Sylvain Zogbo ou encore Toufic à Bangui. Ensemble, ils ont posé les jalons de la souveraineté informationnelle sur le continent.
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