27 mai 2026

Burkina Voix

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Niger : une affaire de visas Schengen fragilise le ministre de l’intérieur

Un scandale de trafic de documents de voyage secoue le pouvoir nigérien

Une affaire d’une extrême sensibilité vient d’éclater au Niger, mettant en cause l’entourage direct du ministre de l’Intérieur, le général Mohamed Toumba. Figure prépondérante du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) depuis les événements du 26 juillet 2023, l’officier supérieur se trouve au centre d’une controverse liée à un trafic de titres de séjour entre l’Afrique de l’Ouest et l’Europe, dans laquelle son épouse serait directement impliquée.

Un réseau opérant depuis l’ambassade d’Espagne

Jusqu’à présent confinée aux cercles diplomatiques et sécuritaires de Niamey, l’enquête révèle un système de délivrance frauduleuse de visas Schengen orchestré depuis l’ambassade d’Espagne. L’épouse du général Toumba, qui a par le passé exercé des fonctions au sein de cette représentation diplomatique, est suspectée d’avoir utilisé son influence pour mettre en place cette filière illégale.

Le mode opératoire de ce réseau, désormais démantelé, reposait sur un mécanisme bien rodé et particulièrement rentable :

  • Coût des prestations : Chaque visa était facturé entre 2 et 5 millions de francs CFA, soit l’équivalent de 3 048 à 7 622 euros.
  • Procédure simplifiée : Les bénéficiaires n’avaient pas besoin de se présenter physiquement aux services consulaires, les formalités étant effectuées à distance.
  • Clientèle privilégiée : Le dispositif ciblait majoritairement des citoyens maliens. Ceux-ci obtenaient une dérogation illicite à l’obligation de présenter une carte de séjour nigérienne, document indispensable pour ne pas avoir à passer par l’ambassade espagnole à Bamako. À leur arrivée à Madrid, un comité d’accueil les prenait en charge dès leur descente d’avion.

Les premières estimations suggèrent que ce canal aurait permis à environ 1 500 ressortissants maliens de rejoindre l’Europe.

Interpellations et circuits financiers sous enquête

Les investigations, diligentées par la Direction générale de la documentation et de la sécurité extérieure (DGDSE) sous l’autorité du lieutenant-colonel Souleymane Balla-Arabé, ont mis en évidence l’existence de circuits financiers suspects. Ces derniers auraient servi à blanchir les fonds collectés, avec des ramifications s’étendant dans la sous-région, notamment en direction du Sénégal.

Plusieurs arrestations significatives ont été menées par les services de renseignement extérieur. Maty Cissokho Toumba, l’épouse du ministre, a été entendue par les enquêteurs. Par ailleurs, Samsoudine Idrissa, identifié comme le logisticien du réseau et un proche du général Toumba, a été appréhendé par la DGDSE à sa sortie du domicile du ministre. Une autre complice présumée, qui aurait été recrutée par l’épouse du ministre juste avant son départ de l’ambassade d’Espagne il y a un an, est également dans le collimateur de la justice.

Des tensions politiques exacerbées au sommet de l’État

Le fait que cette procédure soit menée par les services de renseignement (DGDSE) plutôt que par la police judiciaire traditionnelle témoigne des rivalités croissantes au sein de la junte militaire au pouvoir. Ce scandale ne fait qu’aggraver un climat de suspicion déjà palpable au sein du régime de transition.

Cette situation tend à renforcer la position du président de la transition, le général Abdourahamane Tchiani, qui s’appuierait de plus en plus sur des personnalités de sa propre communauté, les Haoussas. En conséquence, l’affaire fragilise considérablement les plus hauts responsables issus de la communauté Zarma, notamment le général Mohamed Toumba lui-même, numéro trois de la junte, ainsi que le ministre de la Défense, le général Salifou Modi, une figure pourtant très respectée au sein des forces armées.