Mayo-Tsanaga : le Mayo-Tsanaga sous l’emprise de Boko Haram, un État indifférent
Dans le département du Mayo-Tsanaga, au Cameroun, la terreur de Boko Haram n’est plus une menace lointaine. Elle s’est installée, s’étend et ravage tout sur son passage. Depuis 2014, cette secte islamiste, originaire du Nigeria, a franchi les frontières pour s’imposer comme une réalité quotidienne, transformant les villages en zones fantômes et les habitants en réfugiés de l’intérieur.
Une région dévastée : villages abandonnés et populations décimées
Plus de 50 villages du Mayo-Tsanaga ont été désertés, laissant derrière eux des champs en friche, des maisons calcinées et des familles dispersées. Parmi les localités les plus touchées, on compte Gossi, Tourou, Vizik, Koza, Mokolo et bien d’autres. Les témoignages des survivants sont accablants : villages brûlés, marchés pillés, lieux de culte profanés, écoles fermées et centres de santé détruits. Les attaques, toujours plus violentes, ciblent désormais systématiquement les civils, plongeant la région dans un chaos sans précédent.
Un silence assourdissant de l’État camerounais
Malgré l’ampleur de la crise, l’État camerounais reste sourd aux cris des populations. Les promesses faites lors de visites officielles – comme celles du ministre de la Santé publique en 2022 – n’ont abouti à aucune solution durable. Deux soldats pour protéger un village entier, des comités de vigilance armés de machettes face à des terroristes lourdement équipés : la réponse sécuritaire est dérisoire. Les élites locales, bien que présentes lors des meetings électoraux, se taisent lorsque Tourou ou Koza sont en flammes.
Un exode massif et une crise humanitaire en escalade
Plus de 9 000 déplacés** ont fui les attaques, et ce chiffre ne cesse de croître. En juin 2026 seulement, 482 nouveaux déplacés ont été recensés dans les arrondissements de Mokolo, Koza et Mayo-Moskota. Certains ont parcouru des centaines de kilomètres pour échapper à la violence, abandonnant leurs terres, leurs papiers d’identité et parfois même leurs proches. Les familles sont brisées : des enfants livrés à eux-mêmes, des jeunes filles privées d’avenir, des adultes contraints d’abandonner leurs études ou de sombrer dans le banditisme.
Une économie à l’agonie et un avenir incertain
L’agriculture, pilier de l’économie locale, s’effondre. Les écoles ferment leurs portes, privant les enfants d’éducation. Les marchés, autrefois animés, sont réduits en cendres. Le Mayo-Tsanaga se vide, et avec lui, tout espoir de reconstruction. La question se pose : combien de villages faudra-t-il encore voir partir en fumée avant que cette crise ne devienne une priorité nationale ?
Dans cette région martyrisée, le temps semble s’être arrêté. Les nuits sont peuplées de peur, les jours de survie. Et l’État, lui, regarde ailleurs.
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