25 août 2026

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Maroc : le collège d’Azrou, une pépinière d’élites berbères

Maroc : le collège d’Azrou, une pépinière d’élites berbères

Au cœur du Maroc, la ville d’Azrou abrite un établissement scolaire dont l’histoire dépasse largement le cadre de l’éducation classique. Le collège d’Azrou, conçu sous l’égide du Protectorat français, devait incarner une « politique berbère » ambitieuse. L’objectif ? Former une génération d’Amazighs francophones, loyaux envers l’administration coloniale, et éloignés des mouvements nationalistes qui émergeaient à Fès et à Rabat. Pourtant, le destin en décida autrement.

Lycée Tarik Ibn Ziad in 2010, formerly the Collège Berbère d'Azrou. Morocco, Azrou.

Le collège d’Azrou : de l’ambition coloniale à la naissance d’une élite marocaine

Inauguré en 1927, le collège d’Azrou était destiné à devenir l’outil d’une stratégie précise : créer une classe dirigeante berbère, francophone et fidèle aux intérêts du Protectorat. Pourtant, cet établissement a donné naissance à bien plus que des administrateurs dociles. Des figures majeures de l’indépendance marocaine, des ministres, des gouverneurs et même treize généraux en sont sortis. Certains ont servi les sultans Mohammed V et Hassan II, tandis que d’autres ont été impliqués dans les tentatives de coups d’État de 1971 et 1972. Retour sur le parcours exceptionnel de cette institution et sur l’échec cuisant de sa mission initiale.

Une institution conçue pour servir un dessein politique

Dans les années 1920, les autorités du Protectorat français au Maroc cherchaient à consolider leur emprise sur le pays. Stratégie clé de cette politique : la création d’une élite berbère francophone, perçue comme plus malléable que l’élite arabophone des grandes villes. C’est dans ce contexte qu’est né le collège d’Azrou, près du Moyen-Atlas, un établissement résidentiel destiné à accueillir les jeunes Amazighs prometteurs.

L’enseignement y était dispensé en français, avec une insistance particulière sur les matières scientifiques et administratives. L’objectif était clair : former des cadres administratifs et militaires qui serviraient loyalement les intérêts français. Pourtant, les réalités locales et l’évolution politique ont rapidement contredit ces plans.

De l’ombre à la lumière : quand l’élite berbère devient actrice de l’histoire

Contre toute attente, le collège d’Azrou a produit des hommes et des femmes qui ont marqué l’histoire du Maroc. Parmi ses anciens élèves figurent des personnalités politiques de premier plan, comme des ministres et des gouverneurs, ainsi que des magistrats influents. Mais l’institution a également donné naissance à treize futurs généraux, certains ayant joué un rôle clé dans l’armée marocaine.

Des noms comme ceux de Mohammed V et Hassan II sont associés à ces anciens élèves, qui ont servi la monarchie avec dévouement. Pourtant, certains ont aussi été impliqués dans des événements troublés, comme les putschs avortés de 1971 et 1972. Ces paradoxes illustrent parfaitement la façon dont le collège d’Azrou a transcendé sa mission initiale pour devenir un véritable creuset de talents, bien au-delà des ambitions coloniales.

Un héritage qui dépasse les attentes

L’histoire du collège d’Azrou ne se limite pas à une simple anecdote coloniale. Elle révèle comment une institution, conçue pour servir un système, a finalement contribué à façonner l’avenir du Maroc. Les anciens élèves de l’établissement ont non seulement occupé des postes clés dans l’administration et l’armée, mais ont aussi joué un rôle actif dans l’indépendance du pays et son développement ultérieur.

L’essai de Mohamed Benhlal, intitulé « Le collège d’Azrou : une élite berbère civile et militaire au Maroc, 1927-1959 », ainsi que les témoignages d’anciens élèves recueillis par l’auteur, offrent un éclairage unique sur cette page méconnue de l’histoire marocaine. Ils montrent comment un projet colonial a involontairement donné naissance à une élite marocaine aussi brillante que diverse.

Une réussite inattendue pour un projet colonial

Le collège d’Azrou reste un exemple frappant de la manière dont les institutions peuvent évoluer au-delà de leur mission initiale. Conçu pour servir les intérêts d’une puissance étrangère, il est devenu l’un des berceaux de l’élite marocaine moderne. Son histoire rappelle que les plans les plus rigides peuvent être bouleversés par la réalité, et que les individus formés dans ses murs ont su transcender les limites imposées pour écrire leur propre destin.

Devenu le lycée Tarik Ibn Ziad, l’établissement continue d’incarner cette dualité entre héritage colonial et fierté nationale, entre ambition politique et destin individuel.