16 juillet 2026

Burkina Voix

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Maroc et relations africaines : un acteur clé face à la France au Sahel

Maroc et relations africaines : un acteur clé face à la France au Sahel

Le Premier ministre français se trouve actuellement au Maroc pour une visite diplomatique de haut niveau. Une délégation ministérielle d’une douzaine de membres l’accompagne, alors que plusieurs accords bilatéraux sont en passe d’être finalisés. Cette rencontre survient dans un contexte où les questions relatives aux droits humains au Maroc suscitent des débats, notamment après des procédures judiciaires engagées contre un journaliste et un artiste. Mehdi Alioua, sociologue à l’université Internationale de Rabat et expert en migrations, décrypte pour nous les dynamiques entre Paris et Rabat, ainsi que leur impact sur l’Afrique subsaharienne.

Mehdi Alioua, sociologue marocain spécialiste des migrations

Le Maroc et la France : des relations complexes en Afrique subsaharienne

La visite du Premier ministre français au Maroc met en lumière les tensions subtiles qui animent les relations entre Paris et Rabat en Afrique. Alors que la France voit son influence diminuer dans certains pays du Sahel, le Maroc, lui, s’impose comme un acteur majeur. Mais cette montée en puissance marocaine s’inscrit-elle dans une rivalité ou une complémentarité avec la France ?

Mehdi Alioua, sociologue et expert en migrations : « Oui et non. Non, car une grande partie des investissements marocains en Afrique sont réalisés en partenariat avec des entreprises françaises ou en accord avec la diplomatie française. Il existe donc une coopération forte entre le Nord et le Sud, via les liens historiques entre Rabat et Paris. Mais oui, car le Maroc a également mené des investissements 100 % marocains, tout en affichant une volonté claire de développer une politique africaine autonome, portée par Sa Majesté le Roi. »

Le Maroc peut-il jouer un rôle dans l’apaisement des tensions au Sahel ?

La dégradation des relations entre la France et les pays du Sahel, notamment ceux regroupés au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), est un sujet complexe. Mehdi Alioua précise : « Les peuples sahéliens ne rejettent pas forcément la France. La situation se dégrade davantage au niveau politique, notamment avec l’émergence de régimes populistes qui instrumentalisent un sentiment anti-français. Contrairement à cette tendance, la diplomatie marocaine s’appuie sur des relations millénaires avec les pays du Sahel. Ces liens, bien antérieurs à l’islam, se sont renforcés avec l’expansion de la religion musulmane. »

Il rappelle également l’héritage historique commun : « Une dynastie marocaine, celle des Almoravides, a donné le mot français marabout. Cette dynastie, originaire du Sahel, a régné depuis Aghmat, près de Marrakech, sur un empire s’étendant de l’Espagne à la Guinée, incluant l’actuel Mali. Ces relations séculaires permettent au Maroc de réactiver des alliances stratégiques. Nous sommes voisins, séparés par le Sahara, mais nous savons y naviguer depuis des siècles. »

Droits humains au Maroc : une inquiétude légitime ?

Récemment, des figures critiques du gouvernement marocain, comme le journaliste franco-marocain Ali Lmrabet et le rappeur Mehdi Black Wind, ont été interpellées. Faut-il s’en alarmer ? Mehdi Alioua tempère : « Toute incarcération de journalistes ou d’artistes doit interpeller. Cependant, il est important de noter que ces affaires relèvent de la justice, qui doit rester indépendante. Ali Lmrabet a été libéré sous contrôle judiciaire, tandis que d’autres dossiers sont encore en cours. Des associations de défense des droits humains se mobilisent activement. Le Maroc a accompli des progrès significatifs en matière de droits humains, même si des réflexes du passé persistent parfois. »

L’attrait du Maroc en Afrique subsaharienne : rivalité ou complémentarité avec la France ?

Le Maroc parvient-il à séduire autant que la France auprès des Africains subsahariens ? Mehdi Alioua nuance : « Non, pas encore. Mais le Maroc gagne en attractivité. La Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2025, pour laquelle le pays a investi massivement, illustre cette volonté. Cependant, cet élan reste fragile. Certains Marocains critiquent ces dépenses, jugeant que les fonds pourraient être mieux utilisés pour lutter contre la pauvreté endémique. Par ailleurs, des tensions diplomatiques, comme celle récente avec le Sénégal, rappellent que l’image du Maroc peut être fragile. »

Il conclut : « Le Maroc attire, mais fait aussi peur. Son statut de pays à revenu intermédiaire faible limite son attractivité par rapport à la France. Cependant, à mesure que le pays se développera économiquement, son influence ne pourra que croître. »