Le ministre de la Sécurité publique et de l’Immigration, le général Ali Ahmat Aghabache, a été entendu par la chambre haute pour apporter des éclaircissements sur la persistance des foyers de violence à travers le pays. Cette audition, dirigée par le Dr Haroun Kabadi, président du Sénat, faisait suite à une interpellation du sénateur Mbaigolmen Sébastien concernant les défis sécuritaires actuels au Tchad.
Un état des lieux des zones de tensions
Au cours des échanges, le président du Sénat a rappelé que plusieurs provinces restent le théâtre de heurts meurtriers malgré le déploiement des forces de l’ordre. Des incidents graves ont notamment été recensés dans le Mayo-Kebbi Ouest, le Salamat et le Hadjar-Lamis au cours de l’année 2025. Le Logone Occidental a également été marqué par des affrontements entre agriculteurs et éleveurs, particulièrement dans la zone de Mandakao.
Le ministre Ali Ahmat Aghabache a tenu à rendre hommage aux victimes de ces tragédies avant d’analyser les racines profondes de ces crises. Il a souligné que les tensions se cristallisent souvent autour de l’accès aux ressources vitales comme l’eau et les terres cultivables, touchant des régions allant du Wadi Fira au Sila, en passant par le Bahr El-Ghazal.
Les causes structurelles de l’insécurité
Pour le gouvernement, l’escalade de la violence s’explique par une combinaison de facteurs complexes :
- Compétition pour les ressources : La saison des pluies exacerbe les conflits liés aux dégâts causés par le bétail dans les champs.
- Crise climatique : La sécheresse au nord pousse les éleveurs vers le sud, augmentant la pression foncière.
- Vides juridiques : L’absence de délimitation claire des couloirs de transhumance favorise les litiges.
- Pression démographique : Une demande accrue en terres et en nourriture fragilise les équilibres locaux.
- Manipulation politique : L’instrumentalisation des identités tribales par certains acteurs aggrave les clivages.
- Instabilité régionale : Le flux d’armes automatiques en provenance des pays voisins transforme des conflits ancestraux en affrontements meurtriers.
Le bilan pour l’année 2025 est lourd, avec 318 décès et 315 blessés enregistrés lors de ces affrontements intercommunautaires.
Réponses opérationnelles et stratégies de terrain
Face aux sénateurs, le ministre a réaffirmé la détermination de son département à restaurer l’autorité de l’État. Il a présenté des résultats tangibles : entre 2024 et 2025, les forces de police et de gendarmerie ont saisi plus de 4 000 armes à feu et procédé à l’arrestation de 1 300 individus impliqués dans des actes de banditisme. Des quantités importantes de stupéfiants ont également été retirées de la circulation.
Le général Ali Ahmat Aghabache a aussi évoqué la lutte contre les enlèvements avec demande de rançon, un fléau qui frappe durement le Mayo-Kebbi Ouest, ainsi que les exactions de Boko Haram dans la province du Lac. Pour renforcer la proximité avec les populations, de nouveaux commissariats ont été implantés, notamment à Abéché dans le Ouaddaï, contribuant à une baisse notable de la criminalité dans cette zone.
En conclusion, le ministre a appelé à une synergie entre les autorités locales, les chefs traditionnels et les élus pour promouvoir la cohésion sociale, rappelant que la sécurité ne peut reposer uniquement sur la force militaire, mais nécessite une solution politique et sociale durable.
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