27 juin 2026

Burkina Voix

Média burkinabè indépendant qui donne la parole aux citoyens : actualités politiques, sécuritaires et économiques du Faso.

Libreville: le chantier de la baie des cochons débute

Libreville, jeudi 25 juin 2026 – Le 26 juin 2026 marque une étape décisive dans la transformation urbaine de la capitale gabonaise. Après des semaines de discussions, les premières démolitions commencent dans le secteur stratégique de la baie des cochons, au cœur du troisième arrondissement.

Derrière les engins prêts à intervenir, ce chantier représente bien plus qu’une simple voie routière. C’est l’un des projets phares de la politique de modernisation portée par le président Brice Clotaire Oligui Nguema. L’objectif est de repenser durablement la circulation, l’assainissement et l’intégration des quartiers de Libreville.

L’opération concerne notamment Sipagel, le carrefour Léon Mba et tout le couloir longeant les installations de la Société d’énergie et d’eau du Gabon jusqu’au rond-point de Petit-Paris. Les autorités assument ce choix d’infrastructures structurantes pour accompagner la croissance urbaine. Mais cette modernisation soulève une question clé : comment rénover la ville sans fragiliser les habitants installés parfois depuis des décennies ?

Désenclaver une capitale en mutation

La baie des cochons occupe une place centrale dans l’organisation de Libreville. Située au carrefour de flux économiques et humains intenses, cette zone est depuis longtemps un point de congestion majeur entre le marché de Mont-Bouët, le centre-ville, le boulevard Bessieux et les quartiers périphériques.

Le gouvernement prévoit d’y créer un nouvel axe principal, accompagné de voies secondaires, pour fluidifier les déplacements et renforcer les connexions entre le Centre Hospitalier Universitaire de Libreville, Petit-Paris, le carrefour Léon Mba et les environs.

Lors d’une visite sur site le 23 juin, le ministre du Logement, de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadastre, Mays Mouissi, a expliqué directement aux riverains les enjeux du projet. Selon les autorités, la libération des emprises publiques est indispensable avant le lancement des travaux par l’entreprise retenue.

Au-delà de la circulation, ce chantier vise aussi à résoudre un problème récurrent : les inondations. Le programme prévoit le curage des caniveaux, la remise en état des ouvrages hydrauliques dégradés et la création de nouveaux systèmes d’évacuation des eaux pluviales.

Pour les pouvoirs publics, l’enjeu est double : améliorer la mobilité et l’assainissement simultanément.

L’épreuve sociale des grandes transformations

Comme dans tout projet d’aménagement d’envergure, les bénéfices à long terme s’accompagnent de conséquences immédiates pour les populations concernées.

Certaines familles vivent dans ces espaces depuis des années. D’autres y ont monté des activités économiques qui assurent leur survie quotidienne. La perspective des démolitions suscite donc naturellement des interrogations, des inquiétudes et des attentes.

L’expérience récente de grands projets urbains en Afrique montre que leur réussite ne tient pas seulement à la qualité des routes ou à la modernité des infrastructures. Elle dépend aussi de la capacité des autorités à gérer humainement la transition.

Les questions d’indemnisations, de relogement éventuel, de protection des activités locales et d’accompagnement social deviennent alors aussi cruciales que les travaux eux-mêmes.

Conscient de cet enjeu, le ministère assure avoir privilégié le dialogue avec les riverains avant le début des opérations. Les prochaines semaines permettront de juger concrètement l’efficacité de cette approche et la capacité des pouvoirs publics à concilier intérêt général et protection des populations affectées.

Le test grandeur nature de la modernisation

La baie des cochons est devenue un symbole. Celui d’une ville qui ne peut plus se développer selon les schémas du passé.

Face à la croissance démographique, à l’urbanisation rapide et aux défis environnementaux, Libreville doit adapter ses infrastructures. Embouteillages chroniques, difficultés d’accès pour les secours, problèmes d’assainissement et enclavement de certains quartiers freinent le développement économique de la capitale.

C’est ce que les autorités veulent corriger avec ce projet. Mais ce chantier est aussi un test politique : il mesure la capacité de l’État à mener des réformes urbaines ambitieuses tout en préservant la cohésion sociale. Car une ville moderne ne se construit pas seulement avec du béton, des routes et des caniveaux. Elle se bâtit aussi avec l’adhésion de ses habitants.

À la baie des cochons, le Gabon joue une partie importante de sa stratégie de modernisation. Les premiers coups de pelleteuse lanceront les travaux. Mais c’est leur impact concret sur le quotidien des habitants qui déterminera, in fine, le succès de cette transformation.